Sur le Fascisme

Nota :On comprend que dans ses écrits (lettres et cahiers) Gramsci ne se soit pas étendu sur la question du Fascisme. Il lui était impossible de tirer les "leçons sur le fascisme" comme l'a fait en 1935 PALMIRO TOGLIATTI à l'école Léniniste de Moscou.Il s'est donc limité à donner son sentiment général en déjouant l'attention de la censure par l'emplois de pseudonymes comme "Religion" et "Césarisme". J'ai donc rétabli le mot "fascisme" pour la clarté de cet avant-propos:

"Le fascisme est une religion, un système de croyance, de superstitions; d'opinions, de façon de voir et d'agir caché sous le folklore et "l'état d'esprit" vanté par Mussolini ("qu'aurait été l'Etat, s'il n'avait pas un esprit, une moralité, s'il ne disposait pas de ce qui donne de la force à ses lois, de ce grâce à quoi il réussit à s'assurer l'obéissance de ses citoyens?" discours à la chambre des députés -13 mai 1929-), mais dans ce mouvement ça reste une expression arbitraire d'individualisme plus ou moins justifié. Tout d'abord l'esprit d'Etat suppose la continuité soit avec le passé ou la tradition, soit avec l'avenir. Il suppose que tout acte est le moment d'un processus complexe qui est déjà commençé et qui continuera. Dans le fascisme ça relève surtout d'un sentiment d'individualisme étroit et petit qui n'est que la satisfaction capricieuse de caractère animal. Ce sectarisme qui est l'"apolistisme" Italien est une forme de clientelle personnelle, il n'a pas cet esprit de parti qui est l'élément fondamental de l'Esprit d'Etat. Le fascisme ne peut pas être une philososphie; Fascisme et sens commun ne coincident pas, il ne peut donc pas constituer un ordre intellectuel car il ne peut se réduire à une unité, à une cohérence, même dans la conscience individuelle: c'est une méthode autoritaire.

Quand il est apparu dans le passé ce fut toujours à l'intérieur de certaines limites. Ce fascisme est une forme de conception du monde avec une norme de conduite, une idéologie et une politique. Sa forme est multiple en fonction des différenciations culturelles. Quand il devient un mouvement culturel c'est avec une activité pratique et une volonté. C'est une conception mécaniste des subalternes qui maintient une communauté de fidèles à l'intérieur de certaines limites imposées par le développement, les nécessités du développement historique général. Les intégristes de ce mouvement sont le plus ouvertement réactionnaires. C'est devenu une norme de vie dans la pratique. L'idéalisme et le matérialisme sont radicalement contraire au fascisme.

Dans la lutte politique, il ne faut pas singer les méthodes de luttes de classes dominantes sinon on tombe dans de faciles embuscades. Au cours des luttes actuelles ce phénomène se reproduit souvent: l'organisation d'un Etat quand il est affaibli est pareil à une armée qui a perdu toute vigueur. Arrivent les "Arditi", c'est à dire les organisations des armées privées qui ont pour tâche:  Employer l'illégalité comme moyen de réorganiser l'Etat lui même.

Croire qu'à l'activité privée illégale on puisse opposer une autre activité semblable, c'est à dire combattre l'arditisme par l'arditisme, est une sottise. Cela veut dire qu'on croit que l'Etat restera éternellement inerte, ce qui n'arrive jamais, mis à part les autres conditions qui sont différentes. Le caractère de classe imprime une différence fondamentale : une classe qui doit travailler tous les jours à horaires fixes ne peut s'offrir des organisations d'assaut permanentes et  spéciales comme une classe qui a de larges disponibilitées financières et qui n'est pas liée par chacun  de ses membres à ce travail fixe. A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, ces organisations d'arditi deviennent professionnelles et peuvent frapper à l'improviste et porter des coups décisifs. La tactique des arditi ne peut donc avoir pour certaines classes la même importance que pour d'autres.  A certaines classe est nécessaire la guerre de mouvement et de manoeuvre parce que ça leur appartient en propre; dans le cas de la lutte politique ça peut être d'un usage utile et peut être nécessaire pour s'opposer à la tactique du genre  arditi. Mais il faut être un peu simpliste pour s'hynoptiser sur un modèle militaire; la poltique doit ici également être supérieure à la partie militaire car seule la politique crée la possibilité de la manoeuvre et du mouvement.

En Italie le mouvement fasciste s'est présenté comme un "anti parti" et Mussolini insistait sur son individualisme de principe, les membres étant des individualistes qui veulent être des chefs de parti par la grâce de Dieu (où par l'imbécilité de ceux qui les suivent).

Après la marche sur Rome  (1922) les populaires qui se voulaient le "plus solide rempart contre le fascisme" ont décrochés (17 nov 22) en joignant leur vote à ceux des fascistes et ont participés au gouvernement. A partir de là on eut droit à un mouvement politique historique où diverses gradations du fascisme se sont succédés en étant ni immobile, ni statique jusqu'à atteindre une forme pure et permanente. Ainsi la gouvernement de coalition a été un premier degré du fascisme avec des forces syndicales et politiques qui se sont jointent aux moyens financiers incalculables dont disposaient de petits groupes de citoyens. Les fonctionnaires des autres partis ont été corrompus ou terrorisés sans qu'il soit besoin de recourir à l'action militaire. Le 3 janvier 1925, ils ont supprimés la liberté de la presse et expulsés les 22 derniers populaires de la chambre des députés. En 26 (9nov) ce fut au tour de la coalition des députés de l'Aventin d'être déchus de leurs mandats et leur parti dissous.

Mussolini a fait afficher partout dans les rues de Rome : "Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que cent ans comme une brebis" qui a rencontré un grand succés chez ceux qui sont justement des brebis".

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Date de dernière mise à jour : 12/04/2016