SUR L'HISTOIRE POLITIQUE DE LA FRANCE

L'Idéologie a été un aspect du "sensualisme" ou disons du matérialisme français du XVIIIè siècle. A l'origine le mot s'ignifiait la "science des idées" puis c'est devenue "l'analyse des idées" car c'était la seule méthode reconnue et appliquée pour la recherche de l'origine des idées. Ces idées ne pouvaient être autre chose que des sensations. C'est ce sensualisme qui fut associé, sans trop de difficulté avec la foi religieuse, avec les croyances poussées aux dernières limites à la puissance de l'esprit. En france la révolution française a interrompue d'une manière violente la continuité des rapports entre l'église et les fidèles pour des raisons politiques. Une nouvelle religion a surgi en se combinant avec l'ancien catholicisme. Au paravent, dans l'histoire du développement culturel, de nombreux intellectuels avec à leur tête ERASME avaient pliés devant les persécutions et les bûchers. Mais il y eu aussi des hommes comme JEAN BODIN (1530 - 1590) qui, devenu député aux états généraux de blocs de 1576, fit refuser par le tiers Etats les subsides demandées pour la guerre civile. En 1576 il avait exprimé dans son ouvrage "République" les opinions du tiers Etats sur la monarchie absolue et ses rapports avec le peuple. Pendant les guerres civiles qui se déroulèrent en France, Bodin se fit le porte parole du troisème parti appelé des "politiques" en se plaçant du point de vue de l'intérêt national. C'est à dire à partir d'un équilibre intérieur des classes où l'Hégémonie appartient au tiers Etat à travers le monarque. Bodin à fondé la science politique en France sur un terrain beaucoup plus avancé et complexe que celui que l'Italie avait offert à Machiavel. Pour Bodin, il ne s'agissait pas de fonder l'Etat unitaire territorial (National) c'est à dire revenir à l'époque de LOUIS XI, mais d'équilibrer les forces sociales qui s'opposent à l'intérêt de cet Etat déjà fort bien enraciné. Ce n'était pas le moment de la force qui intéressait Blodin mais celui du consentement. Avec Blodin on tend à développer la monarchie absolue. Le Tiers Etat est tellement conscient de sa force et de sa dignité et il sait bien que la fortune de la monarchie absolue est liée à sa propre fortune et à son propre développement qu'il met des conditions à son consentement et présente des exigences qui tendent à limiter l'absolutisme. En france, Machiavel, servait déjà à la réaction pour justifier qu'il fallait maintenir le monde au "berceau" d'où la nécessité pour Blodin d'être d'une manière "polémique" et "anti-machiavélique".

La notion politique de révolution permanente existait avant 1848 en tant qu'expression scientifiquement élaborée des expériences jacobines de 1789 à Thermidor. La formule appartient en propre à une période historique où n'existaient pas encore, sous bien des aspects, les grands partis politiques de masse, ni les grands syndicats économiques et où la société était encore, pour ainsi dire, à l'état de fluidité avec le caractère plus arriéré  de la campagne, la très faible proportion de villes où s'exercent de façon presque absolue le monopole de la direction effective et politique d'Etat comme Paris. En france l'appareil d'Etat était peu développé, la société civile avait une plus grande autonomie par rapport à l'activité de l'Etat dont le système déterminait les forces militaires et l'armement national. Il y avait une plus grande autonomie des économies nationales à l'égard des rapports économiques du marché mondial, etc. Dans la période qui suit 1870, tous ces éléments changent avec l'expansion coloniale européenne, les rapports d'organisation de l'Etat sur le plan intérieur et international deviennent plus complexes et plus massifs et la formule de 1848 de la révolution permanente est soumise à l'élaboration et trouve dans la science politique son dépassement dans la formule d"hégémonie civile". Il se passe dans l'art politique ce qui se passe dans l'art militaire, la guerre de mouvement devient toujours davantage une guerre de position et on peut dire que l'Etat gagne une guerre dans la mesure où il la prépare en temps de paix  dans tous les détails et dans tous les aspects techniques.

La révolution française a offert deux types dominants d'associations: les clubs qui sont des organsations non rigides type "comices populaires" centralisées par des personnalités politiques dont chacune a son journal par lequel elle tient en éveil l'attention et l'intérêt d'une clientelle déterminée, peu caractérisée à la périphérie, qui soutient les thèses du journal dans les réunions du club. Il est certain qu'au milieu des assidus des clubs devaient exister des regroupements restreints et sélectionnés de gens qui se connaissaient et qui se réunissaient à part pour préparer l'atmosphère des réunions afin de soutenir l'un ou l'autre des courants suivant les moments et les intérêts concrêts en jeu.

Des conspirations secrétes qui furent répandues en Italie avant 1848 avaient dû se développer en France après Thermidor, parmi les disciples de seconde ligne du jacobinisme, au milieu de mille difficultées dans la période napoléonienne, à cause du contrôle vigilant de la police et avec plus de facilité de 1815 à 1830 sous la Restauration qui fut assez libérale à la base et qui ignorait certaines préoccupations. C'est au cours de la période qui va de 1815 à 1830 que dût se faire la différenciation du champ politique populaire qui se montre déjà digne des considérations dans les "trois glorieuses" de 1830 où affleurent les formations qui se sont constituées aux cours des quinze années précèdentes. Après 1830, et jusu'en 1848 ce processus de différenciations se perfectionne et donne des types assez achevés avec BLANQUI et Philippe BUONARROTI.

La révolution apportée par la classe bourgeoise dans la conception du droit et en conséquence dans la fonction del'Etat, consiste surtout dans la volonté du conformisme ( par suite, le caractère éthique du droit de l'Etat), les classes dominantes d'avant la révolution étaient essentiellement conservatrices en ce sens qu'elles ne tendaient pas à élaborer un passage organique des autres classes à la leur; c'est à dire, à élargir leur sphère de classe  "techniquement" et "idéologiquement". La conception de la caste restait fermée. La classe bourgeoise se pose elle même comme un organisme en continue mouvement capable d'absorber toute la société en l'améliorant à son niveau culturel et économique. Toute la fonction de l'Etat est transformé; l'Etat devient "Educateur".

Croce dans ses écrits philosophiques faisaient des réserves qui concernent quelque chose de plus large et plus global que celle de la comparaison de KANT et ROBESPIERRE car pou lui c'est celle du mouvement politique français dans son ensemble et de réforme philosophique allemande dans son ensemble: "Car s'il est vrai que la révolution française dans l'ordre des faits répond très bien au Kant du droit naturel, il est vrai aussi que ce Kant appartient à la philosophie du XVIIIè siècle qui précéda ce mouvement politique et lui dona sa forme, alors que Kant qui ouvre l'avenir, le Kant de la synthèse à priori est le premier anneau d'une nouvelle philosophie  qui s'incarne dans la révolution Française":

 Les deux structures fondamentales, semblables, ont des superstructures "équivalentes" qui se traduisent réciproquement, l'une dans l'autre. Les contemporains de la révolution française avaient conscience de ce fait qui était d''un très grand intérêt.

Dans son livre "introduction à la philosophie" FITCHE indique que RAVA a fait remarqué à Croce qu'en 1791 déjà, BAGGASEN rapprochait les deux révolutions dans une lettre à REINHOLD qui l'écrit à Fitche en 1792 sur la révolution française et de ce sens de parenté entre l'oeuvre de la philosophie et l'évènement politique et qu'en 1794, SCHAUMANN développa tout particulièrement la comparaisson en notant que la révolution française "fait sentir de l'extérieur le besoin d'une détermination fondamentale des droits humains" et que la réforme philosophique allemande "indique de l'intérieur les seuls moyens par lesquels et la seule voie par laquelle ce besoin peut être satisfait". Bien sur, cette comparaison donna lieu en 1797 à un écrit satirique contre la philosophie Kantienne. Rava conclut que " la comparaison Robespierre-Kant était dans l'air".

Dans son abrégé d'histoire de la révolution Française MATHIEZ s'oppose à  l'histoire vulgaire traditionnelle qui à priori trouve une crise coïncidant avec les grandes ruptures de l'équilibre social. Il affirme que vers 1789, la situation économique était plutôt bonne dans l'immédiat, ce qui fait qu'on ne peut pas dire que la catastrophe de l'Etat absolu soit dû à  une crise d'appauvrissement. Il fait observer que l'Etat était en proie à une crise financière mortelle et il se demandait sur lequel des trois ordres sociaux privilégiés devait tomber les sacrifices et les charges pour remettre en ordre les finances de l'Etat et du Roi. En oûtre, si la position de la bourgeoisie était florissante, il est certain que la situation des classes populaires des villes et des campagnes n'était pas bonne, surtout celles de ces dernières, tourmentées par une misère endémique. En tous cas, la rupture de l'équilibre des forces ne se fit pas sans effet de causes mécaniques immédiates d'appauvrissement du groupe social qui avait intérêt à rompre l'équilibre et le rompit en effet, mais elle se fit dans le cardre des conflits supérieurs au monde économique immédiat qui se rattachent aux "prestige" de classe (intérêt économique à venir) avec une exaspération du sentiment d'indépendance, d'autonomie et d'un désir de pouvoir. La question particulière du malaise ou du bien être économique considéré comme causes des réalités historiques nouvelles est un aspect partiel de la question des rapports de forces dans divers degrés.

C'est seulement en 1870-71 avec la tentative de la Commune que s'épuisent historiquement tous les germes qui étaient né en1789; c'est à dire non seulement la nouvelle classe qui lutte pour le pouvoir, écrase les représentants de la vieille société qui ne veut pas s'avouer quelle est décidément dépassée, mais celle nouvelle classe écrase aussi les groupes tout nouveaux qui prétendaient que la nouvelle structure issue du bouleversement qui a commençé en 1789 est déjà dépassée démontrant ainsi sa vitalité face à l'ancien et en face du  tout nouveau. En outre, les années 1870-71 font perdre leur efficacité à l'ensemble des principes de stratégie et de tactique politique qui sont nées pratiquement en 1789 et qui se sont développées idéologiquement aux alentours de 1848 et qui se résument dans la formule de "révolution permanente". Il serait intéressant d'étudier la part de cette formule qui est passée dans la stratégie mazzinienne; les historiens ne sont absolument pas d'accord quand il s'agit de mettre cet ensemble d'évènements que constitue la Révolution Française; pour certains cette révolution s'est achevé à Valmy, la France a créée un nouvel Etat et a su organiser la force militaire qui en affirme et défend la souveraineté territoriale, pour d'autres la révolution continue jusqu'à Thermidor, bien mieux,ils parlent de plusieurs révolutions (le 10 aout serait une révolution à lui tout seul,etc). La façon d'interpréter Thermidor et l'oeuvre de NAPOLEON offre les plus âpres contradictions: s'agit-il de révolution ou de contre-révolution?. Pour d'autres encore la révolution continue après 1830, 1848,1870 et va même jusqu'à la guerre mondiale de 1914. Dans toutes ces façons de voir, il y a une part de vérité. En réalité les contradictions internes de la structure sociale française qui se développent après 1789 ne poussent pas à un équilibre relatif qui fait qu'avec la 3ième république la France connait soixante ans de vie politique équilibrée après 85 ans de bouleversements déferlants par vagues toujours plus longues: 1789, 1794, 1799, 1804,1815, 1830, 1848,1870. L'étude des vagues dont l'amplitude différe permet de reconstruire les rapports entre la structure et la superstructure d'une part et de l'autre entre le développement du mouvement organique et celui du mouvement de conjoncture de la structure. On peut dire en tout cas que la médiation dialectique entre les deux principes méthodologiques ennoncés peut être trouvé dans la famille politique historique de la révolution permanente.

De 1815 à 1848 la force dominante de la France s'était soudée politiquement (factieusement) en 4 fractions :la Légitimiste, l'Orléaniste, la Bonapartiste et la Jacobine républicaine. Les luttes intérieures des factions étaient telles qu'elles rendaient possible une avancèé de la force antagoniste progressive sous une forme "précoce". Toutefois,la force sociale existante n'avait pas encore épuisée ses possibilités de développement, comme la suite des  évènements le démontra amplement. Napoléon 3 représenta (à sa façon et avec une stature bien modeste) ces possibilités latentes et immanentes: son césarisme a donc la couleur particulière car alors que le Césarisme de César et de Napoléon 1er a été pour ainsi dire de caractère quantitatif et qualitatif et représente la phase historique du passage d'un type d'Etat à un autre type d'Etat, à un passage où les innovations furent si nombreuses et d'une telle importance qu'elles représentent une véritable révolution, le Césarisme de Napoléon 3 ne fut que quantitatif et encore d'une façon limitée; il n'y a pas de passage d'un type d'Etat à un autre mais seulement "évolution" du même type suivant une ligne ininterrompue. Napoléon 3 avait semble-t-il 2 politiques, une réactionnaire à l'intérieuret libérale à l'extérieur.

Dans la france de 1830  les Orléanistes l'ont emportés sur les forces populaires radicales, démocratiques, mais aussi, au fond, sur la révolution française de 1789 et NAPOLEON représente en dernière analyse le triomphe des forces bourgeoises organiques contre les forces petites bourgeoises jacobines.

Dans cette suite dévènements, un épisode très important a été l'affaire Dreyfus. Ce mouvement a empêché l'évènement du "Cesarisme" qu'on était en train de préparer et qui avait un caractère nettement réactionnaire. Tout le mouvement Dreyfus est caractéristique parce que ce sont des éléments d'un même bloc social dominant qui éventent le césarisme de la partie la plus réactionnaire du bloc lui même en s'appuyant non pas sur les paysans, sur la campagne, mais sur les éléments subordonnés de la ville, guidés par le réformisme socialiste (toutefois en s'appuyant aussi sur la partie la plus avancée de la paysannerie).

On pourrait étudier aussi le coup d'Etat du 2 décembre pour voir qu'elle importance relative on donne au facteur économique immédiat et quelle place en revanche il y a dans l'étude concrète des idéologies au fur et à mesure que se développaient certains mouvements politiques, en prenant comme type de mouvement le mouvement boulangiste (1886à 1890 environ). Devant ces évènements l'économisme se demande à quoi sert l'initiative que nous considérons. Elle sert immédiatement à une certaine faction du groupe dominant et pour ne pas faire d'erreur, ce choix tombe sur la faction qui a évidemment une fonction progressive et une fonction de contrôle sur l'ensemble des forces économiques.

Il n'y a eu aucune Restauration quand la révolution s'écroule de toute part en 1848 alors que s'éffrite le pacte de la sainte alliance. Il n'y eu aucune Restauration de l'ancien régime mais seulement un nouvel équilibre des forces ou des conquêtes révolutionnaires des classes moyennes qui furent limitées et codifiées. Le Roi de France et le pape à Rome devinrent des chefs de partis respectifs et cessèrent d'être les représentants indiscutés de la France ou de la Chrétienté. En 1848 la France était arrivée à un degré élevé de l'activité et de la science politique. Au XVIIIè sièce la vie Française était toute tournée vers le présent immédiat, vers la commodité et l'utilité.

Hegel ne peut pas être pensé indépendamment de la révolution Française et de Napoléon avec ses guerres, c'est à dire indépendamment des expériences vitales et immédiates d'une période très intense de luttes historiques, de misères, alors que le monde extérieur écrase l'individu, lui fait toucher terre et l'aplatit contre terre, alors que toutes les philosophie passées ont été critiquées par la réalité de façon préremptoire.

On  pourra d'autre part trouver dans la littérature Française un matériel important sur le "sens commun" qui sera à utiliser, à élaborer. L'attitude de la culture  philosophiquement Française à l'égard du sens commun peut même offrir un modèle de construction idéologique et hégémonique, car il existe dans cette littérature plus qu'ailleurs des études du sens commun. Cela est dû au caractère plus étroitement "national populaire" de la culture Française, c'est à dire au fait que les intellectuels tendent plus qu'ailleurs, en raison de conditions traditionnelles déterminées, à se rapprocher du peuple pour le guider idéologiquement et le maintenir en étroit rapport avec le groupe dirigeant.

En 1870-71 la France a connue deux terribles défaites, la défaite nationale qui pesa sur les intellectuels bourgeois et la défaite populaire de la Commune qui pesa sur les intellectuels  révolutionnaires. La première créa des hommes du genre CLEMENCEAU qui est la quintéssence  du jacobinisme nationaliste Français et la seconde qui créa l'autre jacobinisme et le mouvement syndicaliste "anti-politique". La saignée de 1871 coupa le cordon ombilical qui unissait le peuple nouveau et la tradition de 1793. Ces sont les philosophes de masses des plus infantiles qui jusqu'à PROUDHON qui a subi une sorte de greffe de l'Historicisme conservateur et qui semblait pouvoir être appelé le GOBERTI français des classes populaires, le jacobinisme utopiste des idéologies qui s'est momifié alors que le jacobinisme avait eu comme élement créateur la nouvelle nation française avec des faits d'activité limités à des circonstances déterminées et non élevées à l'idéologie. Ces conservateurs étaient les fils honteux des jacobins qui tout en maudissant leurs exces, en administraient soigneusement l'héritage.

Proudhon appartenait à cette partie de la bourgeoisie qui était la plus proche du prolétariat. La mentalité jusqu'à Proudhon se rattache à son anti-jacobinisme, aux souvenirs littéraires de la révolution francaise et de l'ancien régime qui, on suppose, aurait conduit à l'explosion jacobine à cause du caractère arbitraire de la justice. La mentalité juridique et la substance du réformisme petit bourgeois de Proudhon, ainsi que ses origines sociales, ont contribuées à le former  en puisant dans un ensemble de concepts et de sentiments différents et "plus élevés". On ne peut comprendre Proudhon sans sa peur panique anti jacobine de l'époque de la restauration.

Les théories historicistes de la Restauration s'opposent aux idéologues du XVIIIè siècle fondés sur les obstructions et des utopies qui continuèrent à vivre comme philosophie éthique et politique prolétaire, répandues surtout en France jusqu'en 1870.

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Date de dernière mise à jour : 26/12/2014

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