SITUATION DE CRISE

Dans toute société, il arrive un moment où on rentre dans une période de fin de règne et que la vieille société se meurt alors que la nouvelle ne peut pas encore naitre. Cette période transitoire n'a pas de durée fixe; elle est propice à l'apparition de crises, crise organique (structurelle), mais pas que. Les crises historiques fondamentales sont déterminées immédiatement par les crises économiques. Chaque crise historique crée un terrain plus favorable à certains modes de penser, de poser et résoudre les questions qui, notamment, embrassent tout le développement ultérieur de la vie d'Etat, des nouveautés. Des rapports de force peuvent alors apparaitre quand La situation de bien être est menacée par l'égoïsme mesquin d'un groupe adverse ou parce que la misère est devenue intolérable et qu'on ne voit dans la vieille société aucune force capable de l'adoucir et de rétablir une situation normale avec des moyens légaux, mettant fin à ce malaise économique. C'est cette fluctuation de conjoncture de l'ensemble des rapports sociaux de force qui fait le passage aux rapports politiques de force qui se fait avec un point culminant qui peut être dans un rapport militaire décisif.

La crise de l'idée de progrès n'est pas une crise de l'idée elle même mais une crise des porteurs de cette idée qui sont devenus de nature à dominer eux-aussi. Dans ce cas, l'intransigeance a une aversion de principe pour le "compromis" qui est la conséquence de la "peur des dangers". Cela est étroitement lié à l'économisme. C'est en ces périodes de crise qu'il arrive que des formes d'organisations traditionnelles avec les hommes qui les constituent, les représentent et les dirigent ne soient plus reconnus et il se forme alors des situations d'oppositions entre "représentés" et "représentants". La situation imédiate devient délicate et dangereuse parce que le champ est ouvert aux solutions de force, à l'activité des puissances obscures représentées par des hommes providentiels. Tout l'organisme d'Etat ressent cette crise au niveau électoral-parlementaire et il renforce sa position en devenant un pouvoir bureaucratique (civil et militaire) avec la haute finance, l'église... C'est à ce moment qu'on relève, d'une manière générale, une fluctuation de l'opinion publique, mais le processus différe d'un pays à l'autre bien que le contenu soit le même. On parle d'une crise d'autorité qui est une crise d'hégémonie, une crise de l'Etat dans son ensemble.

Cette crise d'Hégémonie de la classe dirigeante peut parfois être mise en échec lorsque une situation comme la guerre par exemple l'exige car elle exige la force et le consentement des grandes masses de gens, mais cela peut se passer différament si une large masse des citoyens de différentes classes passe de la passivité politique à l'activité politique et pose des revendications qui bien qu'inorganique dans leur ensemble constituent une révolution (comme en 1917 en Russie).

Aucune société ne se dissout et ne peut être remplacée tant qu'elle n'a pas développé toutes les formes de vie qui sont contenus, implicitement, dans  ses rapports, tant qu'elle n'a pas développée toutes ses formes de vie. Une société qui a cessé de faire avancer la socété toute entière, non seulement en satisfaisant aux exigences de son existence même mais en augmentant continuellement le nombre de ses cadres pour s'emparer, progressivement, de nouvelles sphères de l'activité économique productive, tend à se désagréger avec son bloc théologique historique dirigeant. Elle se vide de son contenu social; il y a alors une "crise d'autorité". Lorsque la crise devient aigue, les partis des blocs dirigeants deviennent "anachroniques" et coupés des masses et sont alors comme suspendus dans le vide;

Pour rester dominante, la classe dirigeante qui a le contrôle de la société politique (l'appareil d'Etat) change les hommes et son programme pour récupérer le contrôle qui était en train de lui échapper au profit de classes subalternes. Pour se faire, elle peut aller jusqu'au compromis avec des classes auxilliaires en cédant des avantages à leurs profits. Quand ça ne suffit pas, il y a encore l'usage de la force avec un  mouvement politique qui peut être à caractère militaire même si l'armée en tant que telle ne participe pas directement au gouvernement en faisant en sorte que l'armée observe une stricte neutralité et reste au dessus des factions. Mais cette fausse neutralité est un appui au clan réactionnaire. Si cela ne suffit pas encore, on a alors recours à l'homme providentiel qui, comme en Italie, se dit à la tête d'un anti - parti, en se prétendant individualiste alors qu'en fait celui qui se prétendait à l a tête de cet anti-parti par la grâce de Dieu l'était plutot en vertu de l'imbécilité de ceux qui le suivaient. Quand la crise ne trouve pas cette solution organique mais celle d'un chef providentiel cela s'ignifie que s'instaure un équilibre statique qu'aucun groupe conservateur ou progressiste n'a la force de vaincre. Ainsi en Italie le fascisme exprimait une situation où les forces qui s'opposaient s'équilibraient de telle façon que la poursuite de la lutte ne pouvait avoir de conclusion que dans une destruction réciproque. Le fascisme a été cette troisième force qui est  intervenue pour assujettir ce qui restait des deux forces en lutte en s'exprimant comme une force d'arbitrage avec à sa tête une grande personnalité "héroique" à la manière de César pour éviter la perspective d'une catastrophe. Pendant cet intérègne, une variété de symptômes morbides sont apparus. D'abord avec les parlementaires bourgeois qui se sont convertis au fascisme afin de masquer la décadence de la civilisation qui se mourrait. Ces classes devenues subalternes ont accepté de faire des sacrifices et de s'exposer à un avenir obscur chargé de promesses démagogiques pour se maintenir au pouvoir, se renforcer et s'en servir pour écraser l'adversaire et disperser sa direction qui ne pouvait être ni très nombreuse ni très experte. Leurs partis se sont regroupés en un parti unique, sous une direction unique seule capable, selon eux, de résoudre le problème majeur de la crise et éloigner le danger mortel qu'il représente. Ainsi la crise a créee des situations dangereuses immédiates parce que les différentes couches de la population ne possédaient pas la même capacité de s'orienter rapidement et de se réorganiser avec le même rythme. Dans le cas de l'Italie, "l'apolitisme" italien avait pris des formes variées, pittoresques et bizarres. Cet individualisme est devenu un apolitisme animal, le sectarisme un "apolitisme" avec une forme de "clientelle" personnelle avec un manque d'esprit de parti qui est l'élément fondamental de "l'esprit d'Etat". C'est cet individualisme au caractère animal qui avait fait l'admiration des étrangers comme les ébats des habitants d'un jardin zoologique. L'individualisme étroit et petit n'était que la satisfaction capricieuse d'impulsions momentanées, un apolitisme italien qui prend forme lorsque la pression coercitive s'exerce sur l'ensemble social. Il se développe alors des idéologies puritaines qui confèrent à l'emploi intersèque de la force, les formes extérieures de la conviction et du consentement; mais une fois le résultat atteint, au moins dans une certaine mesure, la pression se disperse. Cette crise ne touche que de façon superficielle les masses travailleuses ou elle est touché qu'indirectement car elle déprave leurs femmes. En effet, ces masses  ont déjà acquis les habitudes de vie et de travail ou bien continuent à ressentir la pression coercitive pour les nécessitées élémentaires de leur existence.

Dans l'après guerre on a assisté à une crise de moeurs d'une étendue et d'une profondeur considérables, mais cette crise s'est manifestée contre une forme de coercition qui n'avait pas été imposée pour créer des habitudes conformes à une nouvelle forme de travail mais en raison des nécessités, d'ailleurs considérées comme transitoires, de la vie de guerre dans les tranchées. Cette pression a réprimé en particulier les instincts sexuels, même normaux, chez un grand nombre de masse de gens et la crise s'est déchainée au moment du retour à la vie normale et elle a été rendue encore plus violente par la disparition d'un si grand nombre d'hommes et par le déséquilibre permanent dans le rapport numérique entre les individus des deux sexes. Les institutions liées à la vie sexuelle ont subi une forte secousse et la question sexuelle a vu se développer de nouvelles formes d'utopies de tendance "illuministe" (courant philosophique italien au siècle des lumières avec la création d'un nouveau mythe, celui du "sauvage", fondé sur la sexualité, y compris dans les rapports entre parents et enfants). Cette crise a été d'autant plus violente du fait qu'elle a touché toutes les couches de la population et qu'elle est rentrée en conflit avec les exigences des nouvelles méthodes de travail qui sont venues entre temps s'imposer. Ces nouvelles méthodes exigeant une discipline rigide des instincts sexuels (du système nerveux) c'est à dire une consolidation de la famille au sens large, de la réglementation et de la stabilité des rapports sexuels.

La crise d'autorité est celle de la classe dirigeante, devenue purement dominante, dont les classes subalternes se sont scindées, mais dans certains pays (ex la France) la guerre n'a pas affaiblie mais renforcée l'hégémonie, elle n'a pas entrainée de graves crises internes et l'après guerre n'a pas entrainée de violentes luttes nationales.

*

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 24/10/2014