REGISTRE PONDERE D'INTELLECTUELS

KARL MARX (1818 - 1883):

C'est un écrivain d'oeuvres politiques et historiques concrètes. L'analyse de ses oeuvres permet de mieux préciser la méthodologie historique marxiste en complétant, en éclairant et en interprétant les affirmations théoriques éparses des autres oeuvres.

L'étude de la culture de Marx est nécessaire car elle fait partie de la reconstruction de sa culture, de sa biographie intellectuelle et ce qui est le plus intéressant encore, c'est qu'elle propose le dépassement des vieilles philosophies. Elle pose les éléments d'une nouvelle synthèse, une nouvelle manière de concevoir la philosophie qui se confond avec aucune autre. Tous ces éléments sont triés et développés d'une manière cohérente; elle ouvre une voie complètement nouvelle. Elle a renouvelée, de fond en comble, la façon de concevoir la philosophie.

Cette philosophie nouvelle c'est la "philosophie de la Praxis", c'est l'historicisme absolu, c'est une pensée mondialiste et terrestre.

Déjà dans sa thèse sur FEUERBACH, en 1845, Marx avait montré qu'il avait dépassé le matérialisme vulgaire. En réaffirmant, fréquement, la solidité des croyances populaires par le fait que pour lui une conviction populaire a souvent la même énergie qu'une force matérielle ou quelque chose de semblable, cette affirmation répétée renforce la conception du "bloc historique" dans lequel les forces matérielles sont le contenu des idéologies, la forme. De ce fait, il a créée une conception du monde originale et intégrale.

Karl Marx, en écrivant "le Capital" a prévu le prévisible; la maturité économique était pour lui la condition nécessaire du collectivisme. Cette oeuvre représente les canons du matérialisme historique, mais ils ne sont pas inflexibles. Dans ses recherches concrètes, Marx a pris un nombre de précautions réelles qui ne pouvaient trouver place dans les oeuvres générales comme par exemple:

- La difficultée d'identifier dans chaque situation statique (comme une photographie) la structure.

 La politique est en fait, à chaque moment, un acte politique qui donne le reflet des tendances de développement de la structure, tendance dont on ne peut dire qu'elle doit, nécessairement, se confirmer.

-Un acte politique déterminé peut avoir été une erreur de calcul de la part des dirigeants des classes dominantes, erreur que le développement historique, à travers les "crises" parlementaires des gouvernements des classes dirigeantes, corrigent et surmontent.

-Les actes politiques sont dues à des nécessités intérieures qui ont un caractère d'organisation en se rattachant au besoin de donner une cohérence à un parti, à un groupe, à une société.

Marx était un penseur qui avait un tempérament plutôt impétueux,un caractère polémique et un manque d'esprit de système. Chez lui,l'activité théorique et l'activité pratique étaient intimement liées, mélés d'une intelligene en continuelle création et en perpétuel mouvement tout en restant d'une façon impitoyable vigoureusement autocritique. Il a fait un travail critique et de création historique et scientifique. Il n'a jamais exposé officiellement sa philosophie car rien dans son marxisme n'était définitif; c'est toujours un matériel provisoire qui restera toujours insuffisant, jamais achevé. Dans sa philosophie il y a égalité entre philosophie et politique, entre la pensée et l'action; c'est une philosophie de la Praxis, l'histoire en acte, c'est à dire la vie elle-même. Ce concept d'unité de la théorie et de la pratique est un acte critique afin de démontrer que la pratique est rationnelle. Cette unité théorie et pratique est un devenir historique pour une conception cohérente et unitaire du monde. Dans ce cadre là, l'Hégémonie représentait un grand progrès philosophique en plus d'avoir un aspect politique pratique. Sa philosophie a affirmée l'indépendance d'une nouvelle culture originale qui se développera avec le mouvement des rapports sociaux.

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VLADIMIR OULIANOV LENINE  (1870 - 1924)

Alors que MARX voulait indiquer le rôle historique de la philosophie classique allemande devenue théorie d'une classe appelée à devenir l'Etat, pour LENINE la chose est réellement arrivée en RUSSIE.

Lénine représente l'avenir, c'est à dire l'ordre prolétarien dont toute l'histoire moderne est en gestation. Il a été d'un apport théorique capital à la philosophie de la Praxis. Dans sa préface à "la critique de l'économie politique" il avait dit que les hommes prennent conscience des conflits de structure sur le terrain des idéologies; affirmation qui concerne la connaissance qui est une valeur qui n'est pas purement psychologique et morale. Ce faisant, il a fait avancer la philosophie comme philosophie en faisant avancer la doctrine et la pratique politiques. Il a été aussi d'un apport important dans le concept d'une classe appelée à devenir Etat du fait de l'hégémonie réalisée qui est la critique réelle d'une philosophie de la dialecttique réelle. Il a développé politiquement le concept d'hégémonie dans une thèse sur le prolétariat comme classe dirigeante en même temps que la pratique du côté de la direction ce qui suppose la dictature du prolétariat, c'est à dire la coercition que la classe dominante fait nécessairement peser sur les groupes antagonistes. C'est aussi une direction intellectuelle et morale (culturelle) de tous les alliés du prolétariat dont on veut organiser le "consentement actif" (La paysannerie, etc)

Le développement de ce concept d'hégémonie représente un grand progrès philosophique en plus de son apect pratique parce qu'elle entraine et suppose, nécessairement, une unité intellectuelle et éthique conforme à une conception du réel qui a dépassé le sens commun et qui est devenue critiques à l'intérieur de limites encore étroites.

La théorisation et la réalisation hégémonique qu'a fait Lénine a été un grand évènement "métaphysique".

Le volume qu'il a écrit en septembre 1917, à la veille de la révolution d'Octobre: "L'Etat et la Révolution" est indispensable pour bien comprendre la révolution Bolchévique. La réalisation d'un appareil hégémonique dans la mesure où elle crée un nouveau terrain idéologique, détermine et renforce des consciences et des méthodes de connaissance, c'est un fait de connaissance, un fait philosophique.

Marx et Lénine ont exprimés deux phases Science- Action qui sont homogènes et hétérogènes en même temps.

Lénine était comme le chimiste, pédagogue LAVOISIER qui a été guillotiné sous la terreur, patisan d'une "école unitaire" car c'était là un concept en rapport avec les sentiments populaires du temps qu'avait porté le mouvement populaire de 1789. C'est une réalité en développement et pas seulement une idéologie - instrument de gouvernement. Tous deux en ont tirés des conséquences égalitaires concrètes. Cela avait pour Lénine la valeur démonstrative, politique ,théorique d'un principe politique.

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ANTONIO LABRIOLA (1843 - 1904)

Ce premier grand marxiste Italien a été l'élève de Napolitano BELTRADO SPAVENTA, le seul philosophe Hégélien digne de ce nom en Italie. Il a occupé à l'Université de Rome la chaire de Philosophie morale et de pédagogie, puis la chaire de philosophie de l'Histoire. Il a écrit les "essais sur la conception matérialiste de l'histoire". et a laissé le souvenir d'un excellent "causeur".

La position philosophique de Labriola mériterait d'être mieux connue car il est le seul qui ait cherché à construire scientifiquement la philosophie marxiste en affirmant qu'elle était indépendante de tout autre courant philosophique et qu'elle était auto-suffisante. Sa conception philosophique devrait être traité de manière analytique et systématique. Ses écrits sont très rares et souvent seulement allusifs ou extrêmement synthétiques. Il avait un historicisme de juriste qui est une façon de penser très nébuleuse. Ce sont ses amis et disciples comme B. Croce qui ont rapportés les fragments de conversation et des éléments sur sa façon de penser qui était proche de celle de Gentile pour ce qui concerne l'enseignement religieux dans les écoles primaires.  Concernant sa façon de penser la religion, sa forme de pensée n'était ni dialectique, ni progressiste mais plutôt "mécanique" et rétrograde tout comme la pensée "pédagogique" religieuse de Gentile qui n'est rien d'autre qu'un dérivé du concept de "la religion bonne pour le peuple", à savoir la renonciation (tendancieuse) à éduquer le peuple. Hors, qu'une présentation "dogmatique" des notions scientifiques ou qu'une mythologie soit nécessaire dans les écoles élémentaires, ne signifie pas que le dogme doit être religieux et la mythologie, telle mythologie déterminée. Cela dit, sa manière de poser le problème philosophique du marxisme appartenait aux tendances qui n'acceptent pas la soit disant "orthodoxie" du pédantisme allemand. Il a porté l'exigence de construire un nouvel ordre intellectuel moral, autrement dit un nouveau type de société et l'exigence d'élaborer les concepts les plus universels, les armes idéologiques les plus raffinées et les plus décisives. Voilà pourquoi son travail peut aider à ouvrir la lutte pour une culture supérieure et autonome. Il a donné une forme moderne et  actuelle à l'humanisme laïc traditionnel qui doit être la base éthique du nouveau type d'Etat.

Il affirmait que le marxisme est une philosophie indépendante et originale qui porte en elle les éléments d'un développement ultérieur qui permettrait de devenir philosophie générale d'interprétaion de l'Histoire.

(Voir dans "les livres à lire" les références d'un livre récent (en Italien) sur les écrits philosophiques et l'Histoire de l'éducation de LABRIOLA)

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BENEDETTO CROCE (1856 - 1952)

Ce philosophe a réprésenté une des deux figures de la clé de voute intellectuelle du système méridional italien qui a réprésenté la réaction italienne. Il a été un des dirigeants politique et intellectuel des initiatives culturelles du mezzogiorno méridional et a été un des réactionnaires les plus actif pour éviter que les fissures du blog agraire conduisent à des éboulements. Il a séparé les intellectuels des masses paysannes en les faisant participer à la culture nationale et européenne, en absorbant au passage la bourgeoisie nationale et le bloc agraire.

C'est le philosophe de l'immanence, sa philosophie se trouve dans le monde lui même. Son premier principe était l'esprit créateur sans faire appel à un Dieu extérieur au monde. Son sens idéaliste était basé sur : "connaître c'est faire et on fait ce qu'on connait". Il était le représentant de  la philosophie idéaliste moderne et il s'est voulu le philosophe de "l'Historicisme" qui, disait-il,  veut dire Civilisation et culture. Son historicisme est devenu sa philosophie tout court. Il a fini par tomber dans une sorte de forme de sociologisme idéaliste, incohérente et comique en reprochant au marxisme son "scientisme", sa superstition matérialiste, son retour présumé au moyen-age intellectuel. Il a toujours été hanté par le matérialisme historique sans jamais le comprendre. Sa philosophie idéaliste a été incapable de devenir une conception du monde intégrante et nationale. Croce était une espèce de pape laïque de la société civile. La religion était pour lui une conception du monde qui était devenue une norme de vie réalisée dans la vie pratique à laquelle correspondait une attitude éthique. Il a voulu réduire, en vain, le marxisme à un canon pratique par l'interprétation historique par lequel on attire l'attention des historiens pour le réduire à une forme de "déconnaissance".

Au final l'Histoire avec Croce est devenue une histoire formelle, une histoire de concepts, et en dernière analyse une histoire d'intellectuels et même une histoire autobiographique de la pensée de Croce, une histoire de mouche de coche. Il voulait, disait-il, consacrer son énergie à la haute culture et vivre sans religion et sans chercher à populariser sa philosophie, car pour lui, toute philosophie en tant que telle n'était qu'idéalisme". Pour Croce une "passion" ne pouvait être organisée et permanente si on voulait que la passion politique exclue les partis politiques et qu'elle devienne alors un devoir moral éthique mais non un devoir de morale. Croce a ainsi dispersé une série de faux problèmes inexistants ou mal posés, mais il a fait faire un progrès en se fondant sur la destruction d'un moment de la pratique autonome et indépendante bien que liée circulairement à la réalité entière par la dialectique des "distincts" (les deux formes théorie et pratique formant le cercle de la réalité et de la vie. Cercle car aucune des deux formes n'a la primauté . Ces deux formes de l'activité spirituelle ont 4 degrès distincts: le beau et le vrai, l'utile et le bon. C'est une relation  des distincts qui s'appelle l'Histoire. Cette dialectique des distincts est un moyen méthodologique pour préciser l'analyse du bloc historique que constitue l'unité Structure - superstructure, en sachant que leur liaison est assurée par l'unité des contraires et que cette unité n'est pas celle de l'esprit mais de l'histoire dans la praxis).

Son livre "l'histoire de l'Europe" a été le premier livre dans lequel l'écrivain affirmait ses opinions anti religieuses en leurs donnant une signification politique active qui a été largement diffusée. Dans un premier temps il avait été favorable à Mussolini qu'il voyait reprendre le "flambeau du libéralisme", puis, en 1925, il avait écrit un "manifeste des intellectuels anti-fascites" qui avait recueilli plusieurs centaines de signatures et devint alors le symbôle de la culture anti fasciste.

(Lire aussi dans la partie 2 le N° 19)

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NICOLAS MACHIAVEL (1469 - 1527)

L'Italie de MACHIAVEL était soumise à des dominations étrangères, elle était restée à une phase semi - Féodale objet de suzerrainetées diverses; c'était l'époque du mercantilisme basé sur le commerce national extérieur. Il n'existait pas d'institutions représentatives développées et significative dans la vie nationale. La "fortune" chez Machiavel était celle de l'individu qui prend racine dans la volonté de l'homme. C'était la "Virtu" de l'homme de la Renaissance qui est capacité, habileté, puissance individuelle, sensibilité, flair de l'occasion et mesure de ses propres responsabilités. La fortune n'était en fin de compte qu'une simple intuition de la vie avec la religion conçue comme un instrument de domination.

Machiavel a été l'expression de son époque, liée aux conditions et exigences de son temps. Il a été un homme entier de son époque. Sa science de la politique a représentée la philosophie de son temps. Il s'est opposé à SAVONAROLE sur le devoir être de chacun. Celui de Savonarole était abstrait et fumeux, celui de Machiavel était réaliste dans une réalité qui ne pouvait être immédiate. Machiavel interprète et indique une ligne d'action possible qui est restée particuière car il ne pouvait l'appuyer sur les forces de l'Etat ou sur l'Armée. Contrairement à Savonarole il n'était pas un prophète et encore moins un prophète désarmé. Il ne disait pas qu'il pouvait seul changer la réalité mais il indiquait, concrètement, comment devraient agir les forces historiques pour être efficaces. Il voulait créer une armée nationale capable de susciter un lien nouveau entre la ville et la campagne. Cette unification devait se faire par la création d'une "milice" en faisant preuve d'un jacobinisme précoce.

Son livre " le Prince" est un livre "vivant" dans lequel l'idéologie politique et la science politique se fondent sur la forme dramatique du mythe, entre l'utopie et le traité scolastique. Il se présente comme une idéologie politique en vue de déclancher et d'organiser une volonté collective. Il est d'une rigueur logique avec un détachement scientifique. Il renferme les éléments d'une révolution culturelle non encore réalisée. C'est un livre d'homme d'action. Une grande partie pose le problème de la réforme intellectuelle et morale, c'est à dire la question de la religion ou d'une conception du monde.

Parmi toutes ses qualitées, les traits caractéristiques de ce livre sont les devoirs, les nécessités d'une personne concrète (le Prince), cela fait travailler l'imagination du lecteur qu'on veut convaincre et donne une forme plus concrète aux passions politiques. Il pourrait être étudié non pas comme une froide utopie ou une argumentation doctrinaire mais comme la création d'une imagination concrète qui opère sur un peuple dispersé et pulvérisé pour y susciter et y organiser cette volonté collective. Le caractère utopique du "Prince" réside dans le fait que le prince n'existait pas dans la réalité historique et ne pouvait se présenter au peuple italien avec des caractères d'immédiateté objective car il était une pure abstraction doctrinaire, le symbôle du chef, du condottière idéal. C'est par un mouvement dramatique de grand effet que les éléments passionnels mythiques, contenus dans ce petit volume, se résument et prennent vie dans la conclusion, dans l'"invocation" adressée au Prince "réellement" existant.

 C'est un cri passionné, immédiat qui se fait dans la conscience populaire. La passion, le raisonnement sur elle même, redevient "mouvement affectif", fièvre, fanatisme d'action. L'épilogue de ce livre est un élément qui éclaire sous son vrai jour l'oeuvre toute entière et en fait une sorte de "manifeste politique".

Ce qu'on a appelé, en son temps, le "machiavélisme" avait un caractère essentiellement révolutionnaire.

Ses autres livres "Histoires florentines" et "l'art de la guerre" sont reliées au "Prince car ils montrent les conditions réelles en Italie et en Europe, d'où surgissent les exigences immédiates contenues dans "le Prince".

Sa conception essentiellement politique lui a fait commettre des erreurs militaires dans son livre sur "l'art de la guerre".

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GEORGES SOREL (1847 - 1922)

Sorel a été une figure "d'intellectuel révolutionnaire" dans la France de l'Après guerre de 1870. Il se voulait anti-jacobin et anti-politique, suite à la défaite de la commune et la saignée populaire qui s'en était suivi; saignée qui, selon lui, avait coupée le cordon ombilical qui unissait "le peuple nouveau" à la tradition jacobine de 1793. Il voulait devenir le représentant de cette rupture entre le peuple et le jacobinisme historique.

C'était un historien qui soutenait les idées de PROUDHON; Pour lui, la pensée de Proudhon influait sur les attitudes idéologiques de l'après guerre de 1871. Il pensait qu'on était proudhonien quand on était pour la création spontanée du peuple et "orthodoxe" quand on était bureaucratique comme les Allemands et les Jacobins. Chez Proudhon ce qui comptait c'était l'orientation psychologique et pas l'attitude concrète; par cette attitude il voulait se confondre avec les sentiments populaires (paysans et artisans) en descendant en eux pour les comprendre et les exprimer dans une forme juridique rationnelle.

Chez Sorel le "mythe" trouvait son expression dans le syndicalisme de la grève générale en tant qu'organisation d'une volonté collective. Il faisait du dillétantisme en disant qu'il ne s'engageait pas à fond et présentait beaucoup d'irresponsabilité intrinsèque dans ses attitudes politiques qui n'étaient jamais franchement politique mais "culturelles-politiques" ou "intellectuelles-politiques" et même parfois il se considérait "au dessus de la mélée". Ils denonçait souvent les "mefaits des intellectuels" alors que lui même était un "pur" intellectuel.

Pour bien analyser les oeuvres de Sorel il faudrait les analyser en séparant ce qu'il y a de superficiel, de brillant, d'accessoire , ce qui se rattache aux polémiques improvisées ( aux contingences) et ce qu'il y a de "Charnu", de substantiel afin qu'il rentre dans le cercle de la culture moderne.

Il s'est beaucoup intéressé à la vie politique et sociale de Italie; pour lui, après avoir eu connaissance de l'occupation des usines à Turin par les ouvriers, il déclare que "grâce à cette Italie la lumière des temps nouveaux ne s'einteindra pas".

 Il entretenait une correspondance suivie avec Croce mais la publication de certaines de ses lettres feront que certains journalistes le qualifieront d'esprit tortueux, sautillant, incohérent, superficiel, sybillin, etc; cela bien qu'il donne  ou suggère des points de vue originaux et qu'il trouve des liens aux quels on n'avait pas pensé et qui obligent à penser et a approfondir. On a considérablement exagéré l'"austérité" et le sérieux moral et intellectuel de Sorel alors qu'il avait donné son adhésion au "Cercle Proudhon" de Georges Valois monarchiste qui cherchait à se rapprocher de Mauras (l'"action Française") et à ses "coquetteries" avec  les jeunes éléments de la tendance monarchique et cléricale. En 1917, il délaissa Mauras et ses idées de lutte contre la démocratie, du point de vue national et syndical, pour ce rapprocher de celles de LENINE qui représente l'avenir avec l'ordre prolétarien.

Il n'en reste pas moins que Sorel est un historien des idées et que ce qu'il a écrit a une certaine importance pour l'histoire occidentale.

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ROSA LUXEMBURG (1879  - 1919)

Certains de ses livres sont des documents très significatifs de la théorisation de la guerre de mouvement appliquée à l'art politique. Ses opuscules par exemple et ses théories sur la grève générale ont influencés les syndicats Français. Rosa dépendait pour partie de la théorie de la spontanéité. Dans son livre "la grève de masse, le parti et les syndicats" (1906) elle théorise un peu rapidement et superficiellement sur les expériences historiques de 1905 en Russie car elle nous montre que la grève de masse n'a pas été judicieusement utilisée pour donner plus de force à la lutte prolétarienne dans la forme de lutte prolétarienne. Rosa néglige les éléments "volontaires" et ceux d'organisation qui, dans ces évènements, furent beaucoup plus répandus et efficaces que n'est portée à le croire Rosa, victime sans doute d'un certain préjugé "économiste" et spontanéiste.

Rosa disait au sujet de l'éconnomie critique et de ses problèmes les plus ardus "dans la période romantique de lutte du "sturn und drang" populaire  que tout l'intérêt se porte sur les armes les plus immédiates, sur "les questions tactiques en politique et sur les problèmes culturels insérés dans le champ philosophique". Dans son autre essai sur les "pogrès et arrêts dans le développement de la philosophie marxiste" elle note la façon dont les parties qui constituent la philosophie se sont développées dans une mesure différente mais toujours en fonction des activités de l'activité pratique, mais elle donne en grande partie comme explication le fait même qu'il faut expliquer, sous une forme abstraite. Selon elle, les fondateurs de la philosophie nouvelle auraient créés un arsenal d'armes encore inutiles parce qu' anachronique que seul le temps parviendrait à polir.

Par contre,  Rosa développe une pensée utile et féconde sur l'impossibilité d'aborder certaines questions de la philosophie du maxisme dans la mesure où celles-ci ne sont pas encore devenues actuelles pour le cours de l'histoire générale ou de celles d'un groupement social donné.

Elle a écrit en 1913 un livre sur "l'accumulation du capital".

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LUIGI PIRANDELLO (1867 - 1936)

Pour Pirandello la vérité n'existe pas, elle n'est rien mais elle donne une impression personnelle que chaque homme a une certaine réalité. Dans ses pièces de théâtre , les personnages sont des sujets de photographie plutôt que des portraits psychologiques approfondis. Ils sont dans leur aspect extérieur plus que dans une recréation intime de leur être moral. Pirandello capte la grimace de la vie plus que le sourire, le ridicule plus que le comique de la vie; il observe la vie avec l'oeil physique de l'écrivain. Il n'a pas l'oeil sympathique de l'homme artiste. Il a une habitude ironique qui déforme, constate; c'est une vision de professionnel plus que sincère et spontanée. Ses personnages sont d'une pauvreté intérieure effrayante. Ils ont juste des qualités picturales ou plutôt pittoresques. Ce sont d'étranges caricatures avec un peu de brume de mélancolie. Ces caricatures sont des grimaces physiques dépourvues de passion.

Parfois il réussi à jeter ses habitudes rhétoriques et devient un humoriste de biais, mais trop souvent il sombre dans la rhétorique des marais de la morale; il devient inconsciemment moralisateur avec beaucoup de verbiage inutile. Quand il introduit son fantôme pour faire de ses pièces  de simples représentations libres de tout bagages moralisé avec de l'humour, ça devient des farces qui se rattachent à la satyre grècque antique, avec sa peinture figurative du système vasculaire du monde hélléniste. D'autre fois, il suit l'ancienne tradition de l'art populaire de la grèce antique avec ses idylles pastorales, sa vie dans les champs pleins de fureur dionysiaque en esquissant ainsi le dialecte de l'art. Il montre ainsi une vie naïve, sincère qui donne une efflorescence naturelle du paganisme afin de convaincre les spectateurs que la vie est belle, le travail un travail heureux et la fécondité des éclats irrésistibles des matières organiques.

Dans d'autres pièces, les personnages sont des êtres modernes, mélancoliques, sentimental; c'est l'homme de la vie païenne, plein de force morale et physique; il est d'une humanité simple et vigoureuse. Les personnages sont toujours en train de s'expliquer et de se justifier dans la façon de concevoir le réel. C'est une construction abstraite pour cacher son intérêt partial et idéologique. Les personnages sont des intellecuels déguisés en gens ordinaires qui pensent intellectuels. Cet intellectualisme abstrait ne parvient pas à concevoir la vie d'un village. Ici la valeur culturelle prévaut sur la valeur esthétique; son théâtre est étroitement lié à sa personnalité physique et pas seulement à des valeurs artistiques. Pirandello n'échappe pas à un solipisme et ses comédies sont des grenades qui provoquent l'effondrement de la banalité, ruine les sentiments, la pensée. Sa personnalité humaine se disloque en facettes et opinions contradictoires, incapables de se recomposer. Il est incapable de se propager dans le national populaire, il cherche à introduire dans la culture populaire la "dialectique" de la philosophie moderne en supposant l'objectivité de la réalité aristotélicienne. Le bon sens du jugement  est déguisé par le romantisme.

Luigi Pirandello a fait preuve d'un élan de virtuosité et de talent littéraire mais il n'y a pas d'interprétation de ce qu'il donne aux hommes ; ses personnages sont seulement des témoins- documents "je suis ce que vous croyez que je suis", il ne représentent pas la vraie vie, ce sont que des démonstrations logiques, un résidu d'esprit facile. Chez lui la vie reste une "forme pure". Ses personnages sont des victimes sans énergie, ni sentimentale, ni dialectique. Rien que des soupirs et gémissements. Des victimes qui s'effondrent et disparaissent en revenant dans l'obscurité du néant dramatique.

Pirandello offre un caractère moral et intellectuel qui est culturel, plutôt qu'artistique. Le pirandelisme est une conception abstraite de l'auto-critique pour masquer ses interêts culturels; même si sa conception du monde parait cohérente, ça reste une conception humanitaire, positiviste avec le réalisme bourgeois de son  époque. 

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HONORE DE BALZAC ( 1799 - 1850)

Balzac est un écrivain qui a fait partie de l'école traditionaliste Française qui s'était fossilisée. Son monde poétique, sa conception du monde telle qu'il l'a réalisée sur le plan artistique, son "réalisme" qui, tout en ayant des origines idéologiques réactionnaires, propres à la Restauration, aux monarchistes, etc, n'en est pas moins pour cela du réalisme effectif. Et on comprend l'admiration qu'eurent pour Balzac les fondateurs du marxisme même s'il a été un homme complèxe résultant des conditions sociales au sein des quelles il s'est développé. Il pensait que pour "changer" l'homme il fallait changer cet ensemble complexe de conditions.

Que "politiquement et socialement" il ait été un réactionnaire, cela n'apparait que dans sa vie extra-artistique de ses écrits (divagations, préfaces, etc). Balzac a précédé un certain courant littéraire français qui comprenait de façon "naturaliste" les complexes conditions de ce milieu. Ainsi dans sa préface de " la Comédie humaine" (inspirée de la "comédia" de Dante) il écrit que le naturalisme aura sur l'homme éternel d'avoir montré que l'animal est en principe ce qui prend la forme extérieure au mieux, les différences de sa forme, dans le milieu où il est appelé à se développer. Pour Balzac il existera, de tout temps, des espèces sociales comme il y a des espèce zoologiques. Il a imaginé avec serieux qu'il serait possible de construire tout un système social à partir de ses métaphores animales et humaines. C'est sur ces idées fantaisistes que s'est par la suite appuyée l'école traditionaliste réactionnaire extrémiste pour construire des systèmes politiques et sociaux qui n'avaient même pas une valeur artistique. Mais en partant de ces données ce qui est intéressant c'est que Balzac se pose le problème de "perfectionner" aux maximum ces espèces sociales et à les harmoniser entre elles dans un milieu donné. Pour Flaubert ça ne valait pas la peine de discuter les idées sociales de Balzac.

Dans Balzac bien des choses ne relèvent pas du roman - feuilleton, par ex son Vautrin (bagnard devenu policier) est, à sa façon lyrique de s'exprimer, un sorte de surhomme et le discours qu'il tient est fortement Nietzchéen au sens vulgaire du mot. Avec Vautrin, Balzac s'est occupé du délinquant mais il n'est pas, "techniquement" parlant un écrivain de roman policier. Dans le RABOUILLEUX" il parle de la "loterie" comme étant l'appui de la misère et la rattache à "l'oppium des peuples" employée pour la réligion (sans doute infuencé par la réflexion de PASCAL sur le "pari"). Il pense que l'humanisme a créée collectivement la religion afin de s'évader du monde terrestre.

Balzac a été admiré comme écrivain d'art et non comme créateur de personnages romanesques du genre feuilleton. Chez lui, les personnages ont un caractère artistique concrèt mais ils font partie de l'atmosphère romantique populaire en vogue à cette époque. Il a été de ces hommes tourmentés dans l'impossibilité de prévoir le lendemain. à cause du caractère précaire de sa propre vie quotidienne, à cause d'un excés "d'aventures" qui à travers ses romans aspirent à la belle aventure, "belle" et intéressante parce qu'elle est due à leur propre initiative contre la "laide", la révoltante aventure que d'autres ne leurs proposent pas mais leurs imposent.

Comme l'a écrit Zola: " Rien de plus étrange (chez Balzac) que ce soutien du pouvoir absolu dont le talent est essentiellement démocratique et qui a écrit l'oeuvre la plus révolutionnaire".

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FRANCESCO DE SANCTIS ( 1817 - 1883)

Ce professeur de critique littéraire a écrit "l'histoire de la littérature Italienne" qui constitue l'histoire morale du peuple italien. Il a été le fondateur de la critique moderne; pour lui, la position du Risorgimento avec le "modérantisme" libéral était une position "intellectualiste" intolérable.

Il était opposé à CROCE pour ce qui concerne la forme et le contenu d'une nouvelle culture artistique. Sa critique était une critique "militante" qui n'avait rien d'une "froide" esthétique. C'était la critique d'une période de luttes culturelles, d'opposition entre des conceptions de la vie antagonistes. Les analyses du contenu, la critique de la structure des oeuvres, c'est à dire de la cohérence logique et historique du présent, des masses de sentiments représentés de façon artistique, tout cela était lié à cette lutte culturelle.

C'était en cela que consistait la profonde humanité et l'humanisme de DE SANCTIS qui rendaient si sympathique le critique lui même. A travers ses critiques on sent en lui la ferveur passionnée de l'homme de parti qui a de solides convictions morales et politiques et qui ne les cachent pas, qui ne tente même pas de les cacher.

Chez De Sanctis les divers aspects de la critique sont organiquement unis, fondus ensemble. Il lutte pour le droit à la vie, non pour le raffinement d'une certaine culture.

De sanctis nous a offert un type de critique littéraire propre à la philosophie marxiste. Il a aussi été un homme politique.

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Date de dernière mise à jour : 08/10/2015

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