- L'Etat

 

Au départ l'Etat crée les conditions dans lesquelles un mode de vie est possible. Depuis l'Etat a toujours le but de créer de nouveaux types de civilisation plus élevées; de mettre en rapport la "civilisation" et la moralité des plus grandes masses populaires avec les nécessités du continuel développement de l'appareil économique de production, donc d'élaborer même physiquement de nouveaux types d'humanité. Ainsi l'Etat aurait une tâche éducative et formative. C'est pourquoi, un Etat qui tend à créer et à maintenir un certain type de civilisation et de citoyen (et par la suite de coexistence et de rapports individuels) sa conception du DROIT sera l'instrument destiné à faire disparaître certaines moeurs et attitudes et en diffuser d'autres. Il doit être élaboré afin d'être conforme à ce but afin d'avoir le maximum d'efficacité et d'aboutir à des résultats positifs. Ainsi sa conception du Droit doit être libérée de tout résidu de transcendance et d'absolu, pratiquement toute forme de fanatisme, d'ordre moraliste doit être supprimé. Mais cela doit partir du point de vu que l'Etat ne "punit" pas mais lutte seulement contre les " danger" d'ordre social.

En réalité, cet Etat doit être conçu comme "éducation" dans la mesure ou il tend précisément à créer un nouveau type de civilisation. L'Etat serait ainsi un instrument de "rationalsation", d'accélération et de taylorisation; il opérerait sur un plan, presserait, inciterait, stimulerait et si besoin "punirait" car une fois créée les conditions ou un mode de vie déterminé de "vie possible" l'action ou l'omission criminelle doivent donner lieu à une sanction punitive, de portée morale, et non seulement à un jugement dénonçant un danger générique. Le Droit ainsi conçu est l'aspect repressif et négatif de toute l'activité positive de formation civile déployée par cet Etat.

Aujourd'hui on entend par l'ETAT un simple instrument coercitif établissant la dictature d'une classe. L'Etat est devenu l'organisation économique et politique de la classe bourgeoise dans sa forme concrète actuelle. L'Etat s'identifie au gouvernement, à l'appareil de dictature en tant qu'il a des fonctions coercitives et économiques. La domination, il l'exerce par l'ensemble des moyens de coercition (Armée, Police, appareil politique) mais aussi par l'action infrastructurelle de la superstructure juridique. Entre la structure économique et l'Etat avec sa législation, sa coercition se trouve la société civile.

La Révolution française apportée par la classe bourgeoise dans la conception du droit et, en conséquence, dans la fonction de l'Etat a surtout consisté dans la volonté de conformisme (par la suite, caractère éthique du Droit et de l'Etat). La classe bourgeoise s'était posée à elle même comme un organisme de classe bourgeoise en continuel mouvement, capable d'absorber toute la société en l'assimilant à son niveau culturel et économique. Ainsi toute la fonction de l'Etat était transformé en devenant "éducateur".

Aujourd'hui, l'Etat est tout l'ensemble des activités "théoriques" et "pratiques" avec lesquelles la classe dirigeante justifie et maintient non seulement sa domination mais aussi arrive à obtenir le consentement actif des gouvernés. En Italie, C'est au cours de la période 1890-1900 que la bourgeoisie a posé, résolument, le problème de l'organisation de sa propre dictature et l'a résolu par une série de mesures de caractère politique et économique déterminantes pour l'avenir de l'Histoire italienne. Avant cela, la vie de l'Etat Italien était la plus faible. C'était celle où les deux parties qui composaient la classe dirigeante - les intellectuels bourgeois d'une part et les centralistes de l'autre étaient d'accord dans leur projet pour maintenir l'unité, mais divisés sur la forme a donner à l'ETAT unitaire. Il leur manquait une homogénéité positive. Les problèmes que l'Etat se proposait d'aborder étaient limites, ils  concernaient plutôt la forme que le contenu de la domination politique de la bourgeoisie. Ce qui importait par dessus tout c'était de parvenir à l'équilibre budgétaire: simple mesure de sauvegarde. Ce n'est qu'au début du "transformisme" que l'on a pris conscience de la nécessité d'élargir la base des classes à la tête de l'Etat. La plus grande faiblesse de l'Etat d'alors provient de ce qu'en dehors de la loi, la Nation rassemble autour de lui un bloc réactionnaire et anti-étatique formé par les propriétaires fonciers et la grande masse des paysans arrièrés, contrôlés et dirigés par les riches propriétaires et les prètes. Le programme du Vatican comportait deux volets: il voulait lutter contre l'Etat bourgeois "unitaire" et libéral et il se proposait, en même temps, de constituer avec les paysans, une armée de réserve contre l'avancée du prolétariat socialiste qui provoquerait le développement de l'industrie. L'Etat avait réagi alors à cette forme de sabotage dont il était victime de la part du Vatican par toute une législation anti cléricale dans son contenu et dans ses objectifs. Pour les actualistes, l'Etat avait finit par être ce quelque chose qui est supérieur aux individus.

Dans sa doctrine sur les partis et associations, Hegel avait conçu sa doctrine comme le trame"privée"de L'Etat. L'Etat a et demande le consentement, par les associations politiques et syndicales qui sont toutefois des organises privés, laissés à l'initiative privée de la classe dirigeante. Hégel dépassait déjà, dans un certain sens, le pur constitutionnalisme et théorisait l'Etat parlementaire avec son régime des partis. Le gouvernement, avec le consentement des gouvernés mais organisés, non générique et vague, tel qu'on l'affirme dans le moment des élections. L'Etat a et demande le consentement par les associations politiques et syndicales mais laisse à l'initiative privée la classe dirigeante.

Le but que les classes dirigeantes italienne se proposèrent, eux, d'atteindre dès les origines de l'Etat "UNITAIRE" étaient de maintenir en position de soumission les grandes masses de la  population laborieuse, de les empêcher de devenir, en s'organisant autour du prolétariat industriel et agricole, une force révolutionnaire capable de réaliser un renversement social et politique complet qui donnerait naissance à un Etat Prolétarien. Mais la faiblesse intersèque du capitalisme contraignit l'Etat Unitaire à fonder la restructuration économique de l'Etat bourgeois sur une unité obtenue par le biais d'un compromis entre groupes hétérogènes. En Italie, de même que, par sa nature, elle ne peut contrôler tout le secteur économique, de même la classe industrielle ne parvient pas, à elle seule, à organiser la société globale et l'ETAT. Elle ne peut assurer la construction d'un Etat national qu'en jouant sur des facteurs de politique internationale (le soit disant "Risorgimento"). Pour renforcer l'Etat et le défendre, il lui faut établir un compromis avec les classes sur lesquelles l'industrie exerce une hégémonie relative, notament avec les ruraux et la petite bourgeoisie. D'où, une hétérogénéité, un affaiblissement de toute la structure sociale et de l'Etat qui en est l'expression.

En raison des nécéssités de la guerre, l'Etat est devenu l'unique propriétaire de l'instrument de travail; il assume toutes les fonctions traditionnelles de l'entrepreneur; il devient la machine impersonnelle de l'entrepreneur qui achète et distribue les matières premières, qui impose un plan de production, qui achète les produits et les distribue. L'état bourgeois est devenu, celui des bureaucrates incompétents et innamovibles, l'Etat des politiciens, des aventuriers, des coquins avec pour conséquence: un accroissement de la force armée policière, un accroissment chaotique de de la bureaucratie incompétente et une tentative d'absorber  tous les mécontents de la petite bourgeoisie avide d'oisiveté avec création à cet effet d'organismes parasitaires à l'infini. Ainsi, l'Etat bourgeois est devenu le gérant de l'instrument de travail qui se décompose, qui tombe en morceaux, qui est hypothéqué et sera vendu à l'encan sur le marché international des ferrailles dégradées et inutiles.

L' Etat est devenu non seulement l'appareil gouvernemental, mais aussi l'appareil "privé" d'hégémonie ou société civile. Il n'intervient pas, il est à la remorque des évènements, et c'est de là que nait le courant idéologique dictatorial de droite avec son renforcement de l'executif, etc.

Avant et après une guerre, il est évident que compte dans une alliance, les conditions où se trouve un Etat au moment où la paix est signée. Aussi peut-il arriver que le pays qui a eu l'hégémonie pendant la guerre, finisse par la perdre, épuisé par la lutte, et doive se résigner à voir un Etat "subalterne" qui a été plus habile et plus "heureux" devenir la puissance hégémonique. C'est ce qui se passe dans les "guerres mondiales", dans le cas où la situation géographique contraint un Etat à jeter toutes ses ressources dans la balance: il est vainqueur grâce à ses alliances, mais la victoire le trouve prostré, etc. Voilà pourquoi il faut dans le concept de"grande puissance" tenir compte de nombreux élèments, et en particulier de ceux qui sont "permanents", autrement dit surtout du potentiel économique et financier, et de la population.

Les dictatures contemporaines abolissent légalement ces nouvelles formes d'autonomies et s'efforcent de les incorporer dans l'activité de l'Etat. La centralisation légale de toute la vie nationale dans les mains du groupe dominant devient "totalitaire".

A présent, l'Etat est soit un Etat éthique ou un Etat interventionniste ou encore un Etat "veilleur de nuit" (Etat gendarme en Italien) qui semble indiquer que l'Etat dans ses fonctions sont limitées à la tutelle de l'ordre public et du respect des lois, mais cette forme de régime n'a jamais existée et en est restée à une hypothèse limite, sur le papier. Le concept d'Etat Ethique est d'origine philosophique et intellectuelle. Il pourrait être relié à l'Etat veilleur de nuit puisqu'il se réfère plutôt à l'activité autonome, éducatrice et morale de l'Etat laïque, par rapport au cosmopolitisme et à l'ingérence de l'organisation religieuse - écclésiastique qui représente le résidu médieval. L'Etat ethique ou libéral est une idée limite que le prolétariat ne peut reprendre en tant que tel à son compte.

Le concept d'Etat Interventioniste, lui, est d'origine économique et il est en rapport, d'une part, avec les courants protectionnistes ou de nationnalisme économique et, d'autre part, avec la tentative de faire arrimer à un personnel d'Etat déterminé, d'origine terrienne et féodale, la "protection" des classes laborieuses contre les excès du capitalisme.

Ces diverses tendances peuvent se combiner de différentes façons et elles se sont en fait combinées. Les libéraux (économistes) et L'Etat veilleur de nuit voudraient que l'initiative historique fut laissé à la société civile et aux diverses forces qui y pullulent, avec un Etat gardien de la loyauté du jeu et des règles du jeu. Les Catholiques voudraient un Etat interventionniste qui leurs soit entièrement acquis, à défaut de quoi, ils demandent là où ils sont en minorité, un Etat "indifférent" qui ne soutienne pas leurs adversaires. Peut-être que la conception de l'Etat gendarme -veilleur de nuit- est la seule conception de l'Etat qui surmonte les phases extrêmes "corporatives-économiques" ? L'identification entre l'Etat et le gouvernement est justement une représentation de la forme corporative-économique, c'est à dire, de la confusion entre la société civile et société politique car dans la notion générale d'Etat entre des élèments qu'il faut ramener à la notion de société civile (Etat = société politique + société civile, c'est à dire hégémonie cuirassée de coercition). Nous sommes toujours sur le terrain de l'identification entre l'Etat et le gouvernement. Les rapports entre société civile ("condition de la vie matérielle" ou en régime capitaliste, système de la production "privée", appareil "privé" d'hégémonie) et la société politique, doivent être conçus en fonction de la définition de l'Etat comme "équilibre entre la société civile et la société politique".

En Amérique l'hégémonie prend naissance dans l'usine, alors que l'hégémonie réelle ne peut se situer qu'au niveau de "L'Etat intégral". En politique, l'erreur provient d'une compréhension inexacte de l'Etat dans son sens intégral: Dictature + hégémonie.  L'Amérique capitaliste plane déjà comme un vautour sur l'agonie du capitalisme européen dont elle sera l'héritière.

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Date de dernière mise à jour : 17/03/2017

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