- Autocritique et Hypocrisie

Il est certain que l'autocritique est devenue une expression à la mode. On veut faire croire, en paroles, qu'à la critique réprésentée par "le libre jeu" des luttes politiques dans le régime représentatif, on a trouvé un équivalent qui, en fait, si on l'applique sérieusement, est plus efficace et donc plus riche de conséquences que la précédente. Mais tout est là: il faut que ce succédané soit appliqué avec sérieux, que l'autocritique soit opérante et "sans pitié", car c'est en cela que réside sa plus grande efficacité : elle doit être "sans pitié". On s'est apperçu, au contraire, que l'autocritique pouvait donner lieu à de très beaux discours, à d'interminabless péroraisons, et rien de plus: l'autocritique a été "parlementisée", car on ne s'est pas encore rendu compte qu'il était plus difficile qu'il n'y paraissait de détruire tous les défauts et "tacite" que sous ses formes déclarées, car il en conserve tous les défauts sans en avoir les aspects positifs.

On a souvent à faire, là où l'on s'y attend le moins, à un régime de partis "tacité", c'est à dire à un parlementarisme "tacite" et "implicite". Il est donc évident qu'on ne peut pas abolir une "pure" forme comme celle du parlementarisme, sans abolir radicalement son contenu. L'individualisme entendu au sens précis d'"appropriation individuelle" du profit ou d'initiative économique pour le profil capitaliste individuel. L'autocritique hypocrite caractérise précisément ce type de situation. Les staistiques sont d'ailleurs là pour fournir une preuve concrète de cette position. A moins qu'on ne veuille soutenir que la criminalité a disparu, ce que démentent du reste, d'autres statistiques, et de quelle façon ! (toute l'argumentation est à revoir, et notamment celle concernant le régime des partis et le parlementarisme "implicite", c'est à dire celui qui fonctionne comme un "marché noir" et un "lotto" clandestin là où lorsque pour une raison ou pour une autre, le marché légal et le "lotto" d'Etat se trouve fermés).

Théoriquement, l'important est non seulement de montrer qu'entre le vieil absolutisme, renversé par les régimes constitutionnels et le nouvel absolutisme.; il y a une différence essentielle qui ne saurait être considérée comme une régression, mais pas encore de prouver que ce "parlementarisme noir" est commandé par certaines nécessités historiques actuelles; est, à sa façon, "un progrès" et que le retour au "parlementarisme traditionnel" serait aller à contre courant de l'histoire, puisque même là où ce dernier "fonctionne" officiellement, le véritable parlementarismes est en fait le "noir". Théoriquement, à mon avis, l'explication de ce phénomène peut se trouver dans la notion "d'hégémonie" avec un retour au "corporatisme" non pas au sens de "l'ancien régime" mais au sens moderne du terme, c'est à dire, lorsque la corporation ne peut plus représenter un groupe fermé et exclusif, comme par le passé (aujourd'hui, il s'agit d'un corporatisme de "fonction sociale" sans la moindre restriction de nature héréditaire ou d'aucune autre espèce - restriction qui, même par le passé était toute relative puisqu'elle avait surtout du caractère d'un "privilège légal").  A ce propos, il faut exclure tout appui, ne serait-ce qu'apparament, aux tendances "absolutistes", et cela n'est possible qu'en mettant l'accent sur le caractère "transitoire" ( au sens de ce qui ne fait pas époque, et non au sens de "courte durée") du phénomène. (A ce propos, il faut  noter qu'on a trop souvent tendance à confondre ce qui "ne fait pas époque" avec ce qui a une courte durée "dans le temps". On peut "durer" relativement longtemps et ne pas "faire époque", la force de résistance de certains régimes est souvent insoupçonnée, sutout s'ils sont "forts" de la faiblesse des autres, même si cette faiblesse est provoqué; Rappelons à ce sujet les opinions de CESARINO ROSSI qui "en dernière analyse" étaient sans doute fausses, mais qui cependant correspondaient bien à une certaine réalité.

Le parlementarisme "noir" paraît être un argument qui mérite certains développements: ce sera également l'occasion de préciser les notions  politiques qui sont à la base de la conception" "parlementaire". Les comparaisons avec d'autres pays sont à cet égard intéressantes; par exemple, la liquidation de Léon TROTSKY n'est-elle pas un épisode "également" de la liquidation du "parlement noir" qui avait survécu à l'abolition du parlement "légal" ?

Fait réel et fait légal. Système de forces en équilibre instable qui trouvent sur le terrain parlementaire la base "légale" de leur équilibre " au meilleur compte" et abolition de cette base légale, car elle devient l'occasion du réveil et de l'organisation de forces sociales latentes et somnolentes; donc, cette abolition est un symptôme (ou une préfiguration) de l'intensification des luttes et non l'inverse. Lorsqu'un conflit peut se résoudre dans le cadre de la légalité, il n'est  certainement pas dangereux. Il le devient., précisément, lorsque l'équilibre légal n'est pas réalisable ( ce qui ne veut pas dire qu'en supprimant le baromètre, on supprime le mauvais temps).

(EXTRAIT de "POUR GRAMSCI" Maria ANTONIETTA MACCIOCCHI - LE SEUIL 1974)

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Date de dernière mise à jour : 03/03/2017