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Mon état d'esprit actuel est que le flux de mes pensées ne s'écoule plus normalement, n'est plus freiné par des points de références critiques, mais formé d'engorgements émotionnels qui, pendant des jours et des jours, me maintiennent dans un état proche de l'obsesssion psychique dont je n'arrive pas à me libérer en aucune façon. Au contraire, les tentatives que je fais dans ce sens (car il faut croire que je n'ai pas encore entiérement perdu mon équilibre) accroissent l'obsession jusqu'à la frénésie. Tout se passe comme si une main inexperte essayait de fréner une hémorragie par des gestes incertains et désordonnés. Elle l'accroit au contraire. Cela me dérange de plus en plus, car ça s'ignifie que j'ai perdu toute capacité de réaction rationnelle et que j'approche d'une phase où tout le contenu de mes actes sera constitué par des inepties. Aujourd'hui il ne m'est presque impossible d'écrire à Guilia.

J'ai fini par obtenir qu'on me mette dans une autre cellule, au rez de chaussée, pour éviter les bruits infernaux de la section ( Ma chambre, au premier, était sur le passage à l'infirmerie...). Ce changement m'a fait du bien; maintenant, je peux au moins dormir la nuit. Les conditions qui me faisaient me réveiller brusquement en me mettant dans un état de grande agitation ont disparu. Je dors pas encore régulièrement mais je suis moins agité. Seules mes mains me font continuellement mal. Je suis resté plusieurs mois sans être soigné, à présent, je suis dans une situation moins précaire.

Aujourd'hui 18 novembre on vient de m'informer  de mon départ de prison de Turi pour une plus grande prison près de Rome : Civitavecchia.

Accompagné du gardien magasinier mon collègue Gustave Trombetti s'est rendu au magasin pour préparer mes bagages. A son retour j'ai discuté avec les gardiens pour les occuper pendant que mon ami glissait au milieu de la malle anglaise mes cahiers.

De retour dans ma cellule j'ai refusé de fermer l'oeil de la nuit. Au moment de partir je lui ai glissé qu'après mon départ il pourra informer l'extérieur de ce que j'ai vécu; à quel hacharnement on m'a soumis.

6 heures: je découd mon numéro matricule sur mon manteau et je lui donne en souvenir et on s'embrasse. L'escorte policière est là qui m'attend : je monte dans le fourgon pour être conduit à la gare;

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