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Depuis quelques jours je suis à moitié et peut être même complètement abruti, parce que la nuit je ne peux ni dormir, ni me reposer. A certains moments, j'ai l'impression de devenir fou. Celà me rend peu sur de moi et provoque des doutes, des incertitudes, des pertes de mémoire et de volonté. Il me faut envisager le recourt, même si ça me déplait, à des avocats. Je suis rentré dans une nouvelle phase de ma vie  que je peux qualifier de catastrophique. Je n'arrive plus à réagir au mal physique et je sents que mes forces m'abandonnent de plus en plus, de jour en jour.

Je ne veux rien négliger pour mettre un terme à cette souffrance. Négliger quelque chose équivaudrait à un scuicide. J'ai presque envie de pleurer tellement je suis épuisé et j'ai peur de me mettre à délirer.

Je ne croyais pas qu'un jour le physique aurait le dessus sur mes forces morales. Le docteur qui m'a examiné pense que mon mauvais état de santé est dû à 90% au manque de sommeill, mais il exclue que j'ai une maladie organique du coeur ou des poumons.

Bien que je sois en prison, il m'arrive d'avoir de façon désorganisé, occasionnelles, à de longs intervalles, un écho de ce qui se passe dehors. Mais il faut avoir conscience que j'ai été condamné par un organisme politique très vastes.

Je sents aussi une désagrégation de mes forces intellectuelles proprement dites. Mes mains sont continuellement endolories, je ne peux faire aucun effort, ni soutenir aucun poids. Au moindre effort mes bras se détendent tous seuls, brusquement, de façon impulsive;mes doigts craquent et se déforment par l'étirement normal des tendons.

Ce qui m'exaspère c'est de voir à quel point ma vie est devenue le jouet de décisions impulsives et déraisonnables de la part de membres de ma famille. La chute est telle que je ne peux plus éviter l'idée de devenir invalide de façon permanente: dès à présent, je ne peux plus facilement me servir de mes mains.

Le professeur Arcangeli avait ,six mois en arrière, transmis aux autorités un certificat médical disant que je souffrait du mal de Pott et que j'avais des lesions turberculeuses au poumon droit avec de l'hypertension des artères ce qui me provoquait des évanouissements avec perte de conscience pendant plusieurs jours. Il proposait mon transfert en hôpital civil ou dans une clinique ou encore une semi liberté conditionnelle. C'est seulement aujourd'hui qu'on semble avoir examiné cette requête.

J'ai l'impression d'être devenu une chiffe molle; je ne peux pas étudier comme avant (c'était déjà très relatif); je n'arrive plus à rien faire du tout, je crois même que ça nuirait à mon "esprit" selon la terminologie à la mode. Très souvent, j'ai l'impression que je ne pourrais plus rien faire d'utile dans la vie. Il me semble que je suis devenu inapte à quoi que ce soit, même à vivre. Une terrible usure d'énergie vitale m'abat progressivement. Je suis vidé. J'essaie dans une ultime tentative de vivre, c'est mon dernier sursaut de vie.

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Date de dernière mise à jour : 16/08/2012