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L'année qui s'est écoulée n' a pa été spécialement remplie de souvenirs agréables. Ca a été l'année la plus pénible passée en prison et la nouvelle ne se présente pas sous un jour attrayant. Il est facheux qu'on doive passer toute sa vie entre quatre murs étroits, privé de tous loisirs qui stimule la bonne humeur. Il est vraiment dommage que la lecture des ouvrages de Voltaire ne soit pas autorisé en prison (j'imagine), car il faudrait, peut être, un traité complet sur la bonne humeur que l'on pourrait tirer du "Candide" de Votaire systématisé pour sourire à tous les évènements désagréables de la vie.

6 années ont passées depuis l'époque où enfermé dans un wagon métallique qui avait passé toute la nuit sous la neige et où je n'avais ni manteau, ni tricot de laine et je ne pouvais même pas m'asseoir à cause du manque de place. Je tremblais de la tête aux pieds comme si j'avais la fièvre, je claquais des dents et je pensais que je n'étais pas en mesure de finir le voyage parce que mon coeur allait geler. Me voilà 6 ans plus tard, j'ai presque réussi à me débarasser de ce froid de glacière et quand les frissons me reviennent (il en reste encore un peu dans les os) je me mets à sourire en me souvenant de ce que je pensais alors et qui me semble maintenant des enfantillages. Chose étonnante pourtant, à présent je souffre plus du froid qu'avant, j'ai des engelures aux oreilles, choses qu'enfant je n'avais pas eu.

Celà dit, je suis usé et en même temps le poids à supporter ne fait qu'augmenter et mon rapport de forces disponibles s'est déterioré. Je garde pour le moment mon réalisme qui est la force d'où je tire la volonté. J'ai l'impression que j'ai encore un peu maigri mais j'ai surtout réussi à faire diminuer le gonflement de mon ventre et donc je digère un peu mieux, mais les troubles n'ont pas complètement disparus. La nuit je ne suis jamais vraiment reposé, il me semble que je suis comme suspendu dans l'air, sans équilibre physique, dans l'état où on est quand on a un vertige et la tête qui tourne, mais j'ai moins mal à la tête. Le jour je reste souvent dans un état de nervosité que je n'arrive pas à surmonter. Un professeur doit venir m'examiner. Voilà pour les nouvelles de mon état de santé.

Reste la question du décrêt d'amnistie qui pourrait ramener ma peine à 12 ans, 4 mois et 17 jours et la question des pouvoirs exceptionnels du tribunal spécial qui cependant, je pense, ne peuvent s'étendre au point de déroger au principe général selon lequel on doit appliquer la loi la plus favorable. Dans le cas ou l'amnistie s'appliquerait aussi à moi, il ne me resterait plus que 6 ans et 4 mois à faire. Mais comme une personne normale ne peut faire de projet au delà de trois ans, toute période qui dépasse les trois ans équivaut pratiquement à l'infini.

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Date de dernière mise à jour : 17/02/2015

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