44-

1932: Cette année j'aborde la troisième phase de ma vie de détenu. Elle risque d'être pénible, mais je ne suis pas devenu fataliste et je n'ai pas l'intention de m'abandonner au fil du courant comme "un chien crevé"; au contraire je me creuse la cervelle continuellement pour trouver les solutions les plus rationnelles, mais la marge de choix est étroite et diminue de plus en plus après chaque tentative inutile. Je suis un sarde sans complication psychologique et je vais essayer de le rester; aussi j'ai du mal à comprendre les complications des autres. Au sanatorium de Sérébriani Bor je me souviens que les malades arrivaient dans un état de faiblesse extrême et au bout de 3 ou 4 mois avec une alimentation médiocre mais supérieure à leur niveau de vie habituel et du repos, ils reprenaient 16 à 18 kg, s'épanouissaient et retrouvaient, à nouveau, une tension vitale élevé. Ils ne se créaient pas de problèmes insolubles pour ne pas se désespérer ensuite de ne pouvoir les résoudre. Je vais essayer de faire pareil même si mes dents bougent et m'empêchent de mâcher, avec un estomac qui ne digère presque rien, ni chocolat, ni cacao....

Pour l'étude des intellectuels je vais commencer par me faire envoyer des cahiers  de format normal comme les écoliers , pas trop épais 40 à 50 pages de façon à ce qu'ils ne se transforment pas fatalement en un fatras de plus en plus embrouillé.

Mes notes sur les intellectuels sont éparpillés dans une série de cahiers, mélangées avec d'autres notes variées. Je dois donc dabord les rassembler puis les mettre toutes en ordre. Ce travail me pèse beaucoup car les migrainnes m'empêchent de me concentrer comme il le faudrait.

Quelques fois, je reçois des colis ou un paquet. En cellule on est autorisé à garder très peu de choses, le strict nécessaire. Quand je reçois quelque chose, je suis appelé pour assister à l'ouverture et pour controler que tout est en ordre. On emporte avec soi quelque chose si on déclare en avoir besoin immédiatement. La règle étant de rapporter "les vieux" et de prendre les nouveaux. C'est pourquoi il m'arrive de découvrir parfois que j'avais dans la réserve des objets que j'avais oubliers,etc (je dois avoir du chocolat qui date de l'année dernière au moins, car j'en mange très peu et j'oublie d'en reprendre après avoir épuisé la "ration" reçue, etc).

En prison chaque individu est pratique (en liberté aussi), à sa façon, c'est à dire qu'il adapte  sa condition de vie de façon à faciliter le plus possible l'exercice de son activité principale et la poursuite du but qui lui tient le plus à coeur; au delà de certaines limites, l'esprit pratique devient une question d'individu.

Pour moi, par exemple, j'avais demandé un calendrier et on m'a envoyé un bloc-notes de la grandeur d'un cahier. Pour l'année prochaine, j'insisterais pour avoir un calendrier de poche en carton, le plus simple possible, d'une seule pièce, sans espaces blancs. C'est tout. 

*

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 28/08/2012

×