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Il m'est arrivé une fois de mourir et puis de ressusciter, ce qui démontre que j'ai toujours eu la peau dure.

Etant enfant, à 4 ans, j'ai eu pendant trois jours de suite des hémorragies qui m'avaient complètement saignées, accompagnées de convulsions. Le médecin m'avait donné pour mort et ma mère a conservé jusque vers 1914 le petit cercueil et le petit habit qui devaient servir pour m'ensevelir.

Une tante soutenait que j'étais ressuscité quand elle m'avait oint mes petits pieds avec l'huile d'une lampe consacrée à une madone, et c'est pourquoi lorsque je refusais d'accomplir les pratiques religieuses elle me réprimendait vertement en me rappelant que je devais la vie à la madone, chose à vrai dire qui m'émouvait fort peu.

Un peu plus tard quand je fus rétabli et sans être jamais sorti de mon village, c'est à dire en n'ayant qu'une idée très restreinte de l'étendue, je savais indiquer avec une baguette le pays où j'habitais; je me doutais de ce qu'est une île et je trouvais les principales villes d'Italie sur une grande carte murale: c'est à dire que j'avais une idée de la perspective d'un espace complexe et non seulement de lignes abstraites de direction, d'un système de mesures raccordées et de l'orientation selon la position de points de ces raccords, haut- bas, droite-gauche comme valeurs spatiales absolues en dehors de la position exceptionnelle de mes bras.

Je ne crois pas avoir été exceptionnellement précoce, loin de là,. J'ai remarqué que les " grands" en général oublient facilement leurs impressions d'enfance, qui à un moment donné s'estompent et font place à un ensemble de sentiments qui paraissent ou pénibles ou comiques, ou autre chose de déformant. On oublie ainsi que l'enfant se développe intellectuellement de manière très rapide, absorbant dès les premiers jours de sa vie une quantité extraordinaire d'images dont il se souvient encore après les premières années et qui guident l'enfant dans la période des jugements plus réflèchis, devenus possibles par l'acquisition du langage. La conscience de l'enfant n'est pas quelque chose d'"individuel"  ( et encore moins d'individualisé), elle est le reflet de la fraction de la société civile à laquelle l'enfant participe, des rapports sociaux tels qui se nouent dans la famille, le voisinage, le village, etc. La conscience individuelle de la très grande majorité des enfants reflète des rapports civils et culturels divers et s'opposant à ceux qui sont représentés par les programmes scolaires, il n'y a pas d'unité entre l'école et la vie.

Une certaine noblesse et un certain sentimentalisme ne sont pas très recommandés en ce temps de fer et de feu que nous vivons.

Ma mére nous apprenait beaucoup de poésies: Rtaplan et Lingo i disi della loria che qual astro  argentato. J'admirais son habileté à imiter sur la table le roulement de tambour quand elle récitait Rataplan. Après avec mon frère Mario on faisait des joutes poétiques.

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Date de dernière mise à jour : 16/08/2012

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