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La mer a été calme. L'île d'Ustica fait 8 km2 avec 1300 habitants dont 600 détenus de droits communs, des criminels plusieurs fois récidivistes. La poppulation, elle, est très aimable. On est séparé des droits communs. Pour mon premier jour j'ai droit à une chambre à 2 dans un hôtel en attendant que l'on finisse de nous préparer une petite maison qu'on est en train de meubler. Nous sommes 15 amis politiques. Pour les premiers jours on s'occupe d'explorer l'île, 9 à 10 km de promenades avec des vues marines, des aubes et des couchers de soleil merveilleux. Tous les deux jours un bâteau nous apporte les nouvelles, des journaux et de nouveaux amis.

Tout le monde nous traite avec une grande correction. Après le transfert mouvementé, je suis heureux de respirer l'air marin. Je suis un peu plus reposé. la vie à Ustica est un peu plus normale depuis qu'on nous a installé à 6 dans la petite maison qui se compose d'une pièce au rez de chaussée où dorment deux d'entre nous. Toujours au rez de chaussée on trouve la cuisine, les cabinets et un réduit que nous avons aménagé en cabinet de toilette commun. A l'étage on est 4 dans 2 pièces; 3 dans une assez grande qui domine le port. Nous payons 100 lires par mois pour la maison et 2 lires par jour et par personne pour le lit. On a encore 2 lires de dépenses pour le blanchissage des draps et la fourniture de divers objets de ménage.

 Nous sommes en train de monter une cantine en commun qui nous permettra de vivre avec 10 lires par jour au lieu de 20 qui est la somme que nous alloue le gouvernement. Nous sommes actuellement 30 députés relégués. Les seuls petits désagréments sont quand souffle un vent violent qui ne me laisse pas dormir malgrè la douceur du lit et des coussins. Le vent pénètre par toutes les fissures du balcon, de la fenêtre et des portes avec des sifflements et des sons de trompettes fort pittoresques mais plutôt irritants.

Les servitudes sont variées et nombreuses: interdiction de sortir avant l'aube et de rentrer après 20 heures; déplacements limités au village, sauf autorisation pour aller promener sur le territoire de l'île avec la nécessité d'être rentré pour 17h. Je pense que je vais devenir le champion usticais du lancerde cailloux car j'ai battu tous mes amis. Ici, l'âne est lemoyen de locomotion; c'est un animal vraiment magnifique de taille importante et d'unedomesticité remarquable , ce qui prouve le bon naturel des habitants alors que dans mon village les ânes sont à moitié sauvage et ne se laissent approcher que par leurs maîtres immédiats.

La population est composée de sciciliens très aimables et hospitaliers avec qui nous avons droit d'avoir des rapports. Les détenus de droits communs sont soumis à des règles plus strictes. Ils percoivent 4 lires par jour pour vivre et comme ils n'ont aucune occupation, la totalité de cette somme est consacré à l'achat du vin. Les repas pour eux se réduisent souvent à des pâtes avec des arômates et un peu de pain. En rien de temps, la sous alimentation les conduit à l'alcoolisme le plus dépravé. Ils sont enfermés à 17 heures, coupés de l'extérieur, alors ils jouent aux cartes jusqu'à perdre leur maigre solde.

Moi, on m'a versé 100 lires de solde et Tatiana m'a envoyé 500 lires, plus 374 lires d'endemnités parlementaires pour le 1er au 9 nov. Mon mode d'existence s'est un peu amélioré; on trouve maintenant des oeufs frais à gober et la viande de boeuf pour varier davantage la nourriture.

Seul le sommeil pose encore problème. Dormir à 3 dans une chambre provoque de nombreuses occasions de réveil et d'insomnies. Pour nous occuper dans la journée, on a décidé de monter une école qui comprend plusieurs cours. Le premier équivalent à la 1ere et 2e du primaire. Le 2ème cours pour la 3e année et le 3ème pour la 4e et 5e année, avec un cours complémentaire de Français supéieur et 1 cours d'Allemand. En fonction de son niveau de connaissance dans les matières grammaire et mathémathique, on peut suivre aussi l'Histoire et la Géographie en cours complémentaires.

On a instauré un cursus scolaire progressif car il y a des élèves semi-analphabètes mais qui sont intellectuellemnt murs. On remarque beaucoup d'assiduité et d'attention pendant les cours. Notre école est aussi fréquentée par des fonctionnaires de l'île et quelques habitants. Ca évite les dangers de démoralisation qui sont grands.

On a parmi les détenus, des techniciens qui ont réparés, en 2 jours, l'horloge du clocher qui était arrêtée depuis 6 mois. A présent on envisage d'installer l'électricité et pourquoi pas reprendre la construction du quai dans l'ance du port où accoste le bâteau?

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Date de dernière mise à jour : 17/06/2017