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Au début de l'année 1926, je me suis rendu à lyon, en France, où se tenait le 3ème congrès du Pci pour y défendre les thèses que j'avais rédigées avec Togliatti pour une nouvelle stratégie du pati basé sur l'analyse de la réalité Italienne et une compréhension historique des objectifs politiques du prolétariat révolutionnaire avec une réelle volonté politique pour que le parti se lie aux masses. Bref, pour opérér une rupture avec les positions extrémistes, sans pour autant tomber dans le réformisme et le révisionnisme.

Pensant bénéficier de mon immunité parlementaire je rentrais en Italie après le congrés. Je logeais rue Morgagiu. Le soir je lisais beaaucoup de journaux et de revues, mais en Italie les revues ne suivent pas beaucoup le mouvement intellectuel du pays et ellles n'offrent en rien un tableau mouvant de la vie. Elles ont, presque toujours, un caractère archéologique; les jeunes s'y expriment dans des recherches formelles de style, de métrique, de langage: autant de récriminations qui peuvent avoir un intérêt en soi mais qui relèvent surtout du désert culturel ambiant. Ils leurs faudraient acquérir un esprit scientifique, c'est à dire, étudier pour assimiler la méthodologie générale et la science épistémologique avec une volonté scientifique et des facultés dans l'analyse et la critique pour faire une enquête, prendre des notes, ordonner des matériaux, recueuillir et exposer les résultats de manière ordonnée et cohérente.

Quand j'avais fini ma revue de presse, pour me détendre l'esprit je me plongeait dans la lecture d'un roman:"Amamo dunque sono!" de Sibilla Albérano ou " il diabolo del ponté lungo" de Riccardo Bacchelli.

J'avais aussi trois livres qui me tenaient à coeur:

- la grammaire Allemande qui se trouvait sur une étagère, à côté de l'entrée de la chambre

- le "brévario di linguistica" de Bertoni et Bartoli que je gardais dans l'armoire en face de mon lit ( Bartoli avait été mon professeur de linguistique à l'université. C'est sous sa direction que je me suis intéressé au dialecte sarde). et

- La "divine Comedie" de Dante. Rassurez-vous, je ne suis pas de ces professeurs gâteux qui lisent Dante avec passion et qui se font une religion de quelques poêtes ou écrivains et en célèbrent  les étranges rites philologiques.

Je me suis intéressé en particulier au chant X de l'enfer, car il y avait beaucoup de dissonnaces entre toutes les interprétations. Pour moi, il y a dans ce chant 2 drames et non pas un seul comme beaucoup disent. Il y a le drame de Farinata et celui de Cavalcante qui est le seul véritable chatié d'un châtiment immédiat et personnel avec Farinata qui y participe de prés "en ayant le ciel en grand dépit". La loi du talion chez Cavalcanti et Farinata est que pour avoir voulu voir dans l'avenir, ils se retrouvent (théoriquement) prvés de la connaissance des choses terrestres pour un temps déterminé. C'est à dire qu'ils vivent au centre d'un cône d'ombre d'où ils voient dans le passé au delà d'une certaine limite et dans le futur au delà d'une limite équivalente car ils voient Guido dans le passé vivant et dans le futur mort, mais à ce moment précis est-il mort ou vivant?

Farinata en entendant parler florentin redevient l'homme du parti, le héros des Gibelins.  Cavalcante, lui,  au contraire ne pense qu'à Guido et en entendant  Dante il se soulève pour savoir  si Guido est vivant ou mort? A ce moment-là, le drame de Cavalcanti est très rapide mais d'une indicible intensité: quand il entend le poëte, qui n'est pas exactement informé du châtiment, dire "ebbe" (était) verbe au passé, Cavalcanti "chut sur le dos et plus rien ne parut" après avoir poussé un cri déchirant. Le destin de Guido est ainsi devenu le centre des recherches de tous les fabricants d'hypothèses et d'interprétations. Il me semble, à moi, que la deuxième partie du chant éclaire le drame de Cavalcanti en donnant au lecteur tous les éléments pour qu'il lle revive. Je ne crois pas que ce soit là une poésie de l'inéfable ou de l'inexprimé. Dante ne renonce pas à le représenter directement, parce que ,justement, c'est sa façon de le représenter; il s'agit là de son mode d'expression et je ne pense pas que les modes d'expression peuvent changer avec le temps, tout comme change la langue proprement dite. Farinata est étroitement lié au drâme de Cavalcanti. Dante, lui même, conclut en disant : "Vous direz à ce tombé que son fils est aux vivants encore accointé". Cavalcanti était le plus puni et pour lui "ebbe" signifiait la fin de l'angoisse de ne pas savoir si Guido, à ce moment, était vivant ou mort. Pour moi, sans la structure dans la divine comedie il n'y aurait pas de poésie et donc même la structure a valeur de poésie.

Je me souviens de la petite fille de ma logeuse qui avait 4 ans. Elle portait un prénom Turc. Elle n'arrivait pas à ouvrir la porte de ma  chambre dont elle s'approchait en cachette parce que sa grand-mère lui avait dit qu'il ne fallait pas me déranger car j'écrivais toujours (pendant mes dix ans de journalisme j'ai écrits quantité de pages, au jour le jour, mais, selon moi, elles ne devaient pas survivre à la journée). La petite Stilvi frappait doucement à ma porte, timidement et quand je demandais: " qui est-ce? elle me répondait: Stilvi! tu veux jouer? et puis elle entrait me tendant la joue pour que je l'embrasse. Elle voulait que je lui dessine des petits oiseaux ou des tableaux bizarres fait par des gouttes d'encre lancées au hasard sur le papier. 

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Date de dernière mise à jour : 28/08/2012

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