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Il était prévu que je rentre en Italie à la fin du premier trimestre sauf qu'entre temps il y a eu la "marche sur Rome" des fascistes de Mussolini et qu'un mandat d'arrêt avait été lancé contre moi alors que mes camarades du parti doivent rentrer dans la semii clandestinité. Je reste à Moscou et avec Gulia on part s'installer sur l'artère pricipale de  Tuerskaïa- Yanskaïa au numéro 14.

Côté politique, mes rencontres avec les dirigeants maximalistes font que je finis par me ranger à l'dée du " front unique". C'est Lénine qui avait compris qu'il fallait passer de la guerre de mouvement appliquée victorieusement en Russie à la guerre de position qui était la seule possible en occident. Bordiga avec qui en Italie je partageais son amitié et nos discussions ainsi que le partage de la vie quotidienne, le café but ensemble et même les joyeuses parties de scorpone, menace à présent de prendre la tête d'une fraction internationale en diissidence ouverte contre l'opportunisme et le révisionnisme de  Moscou. La direction du parti doit à présent, choisir entre Bordiga et l'internationale communiste dirigée par Moscou.

 En aout 1923, le parti décide d'envoyer un autre camarade pour me rempacer à Moscou et moi je suis affecté à Vienne. Peu après mon arrivée à Vienne, j'apprends que mon ancien professeur Cosme est employé comme secrétaire d'Ambassade d'Italie à Berlin. je me rends à l'ambassade et je demande un rendez-vous. Quand il a appris ma présence il s'est précipité dans les escaliers, me serra dans ses bras en m'innondant de larmes et de barbe, ne cessant de répéter: "Tu comprends pourquoi, tu comprends pourquoi!". En 1920 j'avais écri contre lui un article violent, très violent et cruel comme on peut en écrire qu'à certains moments critiques de la vie politique. On m'a dit qu'en le lisant il s'était mis à pleurer comme un enfant et qu'il était resté plusieurs jours enfermé chez lui.

A Vienne j'habitais au 5 de la Florangasse du 8è arrondissement chez une vieille petite bourgeoise superstitieuse qui avant de me prendre comme locataire me demanda si j'étais juif ou catholique romain; elle vivotais grâce au loyer de deux chambres en spéculant sur le fait qu'en 1918, pendant la brève période des soviets, avait été promulgué une loi qui ne reconnaissait pas l'inflation dans le règlement des loyers aux propriétaires d'immeubles. Je payais 3 millions1/2 de couronnes par mois (C'est à dire 350 lires) tandis que ma logeuse  payait au maximun 1000 de ces mêmes couronnes au propriétaire de l'immeuble. J'ai vécu là de novembre 23 à mai 24. Quand je partis, un secrétaire d'ambassade dont la femme devait rester à Vienne à cause de la scarlatine de leur enfant me demanda de garder ma chambre pour sa femme. J'en parlais à ma logeuse l'après-midi et elle accepta. Le lendemain, ai petit jour, la dame frappe à ma porte et dit: " Hier, j'ai oublié de demander si la nouvelle locataire est juive parceque je ne loue pas aux juifs". La nouvelle locataire était justement une juive Ukrainienne. Comment faire? J'en parlais à un Français qui m'expliqua qu'il y avait qu'une solution: dire à la logeuse que j'ignorais si la locataire était juive mais que je savais qu'elle était secrétaire d'ambassade, car autant les petites bourgeoises haïssaient les juifs, autant elles rampaient devant le corps diplomatique. Eh bien, c'est ce qui se passa: la dame m'écouta et me répondit:"Si elle est du corps diplomatique il n'y a pas de doute,elle peut prendre la chambreparce qu'on ne va pas demander aux diplomates s'ils sont juifs ou non".

En aout, je suis retourné à Moscou quand j'ai appris que mon fils allait naître. On l'a appellé Delio mais Gulia voulat l'appeler Leo.  Je suis allé acheter un landeau et on allait  promener dans un jardin près de la  Tuerskaïa- Yanskaïa.

L'année suivante je fut élu député de  la circonscription de Vénétie le 6 avril et je dû rentrer en Italie après deux ans d'exil heureux.

Je me suis installé à Rome  et Guila et Delio m'ont rejoint en aout. Il m'arrivait encore de la taquiner, par exemple, sur ses origines (elle était née à Genève) avec Rousseau. Je lui disait que Genève avait laissé des traces en elle, profondes, comme une atmosphère saturée de Rousseau.et du docteur Fulpius qui devait être typiquement Suisse et rousseauiste, ce qui avait le don de la mettre en rage.

Parmi les petits moments heureux passé avec mon fils, j'ai deux souvenirs:

Le premier quand delio avait 1an ett qu'on lui faisait prendre le bain dans une bassine. Pour l'amuser on mettait dans l'eau une balle en celluloïd à demmi- remplie d'eau, offerte par mon ami Pierre, et des cygnes autour qui flottaient. Delio était surtout intéressé par la balle, préoccupé à vouloir l'ouvrir et à la détruire en tant que jouet.

Le deuxième il avait deux ans et je lui ai appris à jouer du piano. J'avais remarqué qu'il avait l'amour des bêtes. J'ai exploité cet amour en lui apprenant à jouer au piano avec des graduations de notes selon la place sur le clavier. Le poussin à droite et l'ours à gauche avec des intermédiares de divers animaux. C'était là un procédé compatible avec son age. Ensuite je n'avais plus qu'à lui faire répéter toute la série. Pour la leçon je commençais par poser l'horloge sur la table, puis on faisait tous les mouvements ^possibles. Avant d'aller au piano pour faire la musique animale on écrivait un petit mot à la grand' mère. Au piano, on jouait ensemble de différentes façons. Au final on passait au dessin; je lui faisait dessiner les animaux qu'il avait rencontré dans la journée.

La situation politique de l'Italie devenait de plus en plus compliquée ; on a donc décidé que le mieux était qu'elle rentre avec le fils à Moscou. Je la raccompagnais jusqu'au train. On s'était promis d'être toujours francs et sincères dans les nouvelles que nous nous donnerions. Depuis longtemps je m'étais habitué à l'idée de devoir bientôt mourir et je m'étais fait de ma femme une image de femme forte alors que je savais qu'elle était faible. Pour moi l'important était qu'elle reste une femme vivante. Je gardais cette image conventionnelle et abstraite par exces de tendresse en la regardant partir. Alors que le train quittait la gare j'avais en mémoire ses dernières paroles qui avaient été  pour me dire que nous étions encore assez jeune tous les deux pour pouvoir espérer voir ensemble grandir nos enfants.

Je n'ai pas eu avec Guliano les mêmes rapports qu'avec Délio; son développement s'est fait à travers des photos certes intéressantes et caractéristiques mais ça ne me donnait pas l'idée du développement ressenti comme un enrichissement progressif de sa  petite vie d'homme en formation, de la formation en lui d'une conception ambryonnaire du monde. Les photos ne me donnaient qu'une impression assez immédiate de sa physionomie. Malgrè mes lettres et mes conseils de père sérieux j'ai été par la suite incapable, psychologiquement, de me mettre en rapport avec mes fils parce que, concrétement, je ne savais rien de leurs vie, de leur développement, j'étais devenu une sorte de fantôme qui ne pouvait ni s'occuper d'eux, ni participer à leurs vie et le mêtier de fantôme m'a toujours répugné.

En 1925 j'ai fait la connaissance  de la soeur de Gulia: Tatiana qui était restée à Rome. Elle était licenciée en science naturelle et enseignait à l'institut international "Grandon" via Savoia. C'était une femme de faible constitution physique qui était passionnée par la médecine.

A l'époque je m'était installé dans une famille de social révolutionnaire les Schreider. Cette année là, je suis repartit à Moscou pour une réunion de l'executif de l'International et j'ai ainsi pu revoir ma femme et mon fils et mettre en route mon futur Guliano.

A mon retour en Italie, je siège à la chambre des députés. Pendant la séance je me suis affronté verbalement avec MussolinI  et à son idéologie fasciste. Il pense qu'il se situe au dessus  des classes et comme il sait que la classe ouvrière ne perdra jamais sa conscience révolutionnaire, il lui parait indispensable d'autoriser un minimun d'organisations. Il fait maintenir par la terreur les organisations syndicales dans un cadre extrêmement limité, en donnant aux réformistes de l'intérieur de la confédération syndicale le controle de toute la classe ouvrière pour qu'ils apparaissent comme les représentants de toute la classe ouvrière.

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Date de dernière mise à jour : 28/08/2012