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1922: cette année va marquer un tournant heureux dans la vie personnelle.

En mars je participe au congrès du parti communiste Italien qui se tient à Rome.  A la fin du congrés je suis désigné avec deux autres camarades pour représenter le parti au comité exécutif de l'internationale communiste à Moscou. 

Je quitte l'italie persuadé que la révolution est toujours possible et même prôche:je suis optimiste pour ce qui concerne l'Italie, nous devions déjà penser à la période qui suivra la prise de pouvoir. Même si la situation restait confuse elle était, intérieurement révolutionnaire. L'insurection armée pouvait se produire dans le midi et dans les îles

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Je participe à cette deuxième conférence qui est présidée par Lénine en Juin. A la fin de la conférence je dois être hospitalisé à la clinique Screbriank-ibor  près de Moscou. Je dois y rester plusieurs mois au repos. Une femme vient visiter les malades avec son violon. Elle enseigne à l'école de musique d'Ivanovo. Comme elle était employée dans la section communiste locale et qu'elle a appris que j'étais un invité étranger, elle vient faire ma connaissance.  Elle se prénome Gulia; dans la conversation j'apprend que sa soeur  Génia est aussi en cure de repos à la clinique. Elle profite de ses visites pour distraire les malades avec son violon. Je me trouve dans un état nerveux déplorable. Je ne supporte pas la musique qui me ronge les nerfs et me donne des convulsions. Quand elle joue pour distraire les malades, je me moque de sa musique, je fais le chat électrisé quand elle joue du Beethoven et je me moque d'elle avec une histoire du meeting des hiboux, ce qui la contrarie au point de la faire pleurer de façon stupide, sans même que je  ressente de remord car je n'avais pas compris  qu'il s'agissait, pour elle, de quelque chose qui n'était pas superficiel, Cela avait plus d'importance que je l'imaginais alors. Je n'avais même pas le courage de sêcher ses larmes comme je me sentais pourtant poussé à le faire. Elle eut l'intelligence de ne pas m'en tenir rigueur. Au fur et à mesure de nos rencontres, j'appris qu'elle avait eu un prix du violon à l'école de musique de Santa Ceccilia de l'académie de Rome en 1915; Quand à la fin des vacances elle nous quitte pour retourner enseigner, je la raccompagne jusqu'à la grand' rue et je la regarde s'éloigner ; elle allait à petit pas, son violon dans une main et dans l'autre son pittoresque sac de voyage; C'est alors que je comprends qu'il y a plus que de l'amitié entre nous

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Pendant ses autres visites notre relation se précise. Elle m'emène visiter Ivanovo et son musée; Ivanovo est une ville du Textile de 100 000 habitants qui même durant les années de pénurie a conservée  son école de musique avec son groupe musical constitué par le comité pour l'éducation artistique. Elle possède en oûtre un musée qui possède même des momies égyptiennes et un ensemble d'objets orientaux dont un sabre serti de pierres, ainsi que des vêtements de cérémonie de Kan de Khiva vaincu en 1920 par un ouvrier qui avait travaillé dans le textile à Ivanovo qui s'appelait Fraunzé. C'est lui qui avait expédié une partie de son butin de guerre au musée. Guilia me présenta à sa famille. Une autre fois où j'avais été invité à venir diner, j'ai trouvé la porte de sa maison ouverte, je suis rentré sans que personne ne s'en rende compte sur le moment et j'ai pu ainsi entendre Gulia  qui avait une explosion de fureur, contre un membre de sa famille. Sa réputation de douceur et de patience devait être quelque peu corriger. Ma chérie devenait parfois un vrai petit coq. Elle avait de ces moments de colère où elle se défoulait par des mots vifs. 

En novembre j'obtiens une permission pour aller assister à la IV conférence à Moscou. Pendant une suspension de séance je fais la connaissance de  Clara Zetkin qui dirige  à cette époque le mouvement international des femmes communistes. Elle me dit qu'elle admire les Italiens pour leur goût de la vie en  trouvant une preuve  dans le fait que les italiens disent: "heureuse nuit" et non " une nuit tranquille" comme les Russes ou " Bonne nuit" comme les Allemands ,etc.  Je lui répond en disant que les Italiens parlent aussi "d'heureux voyage" et "d'affaires heureusement réussies"  ce qui diminue d'autant ce que le mot "heureux" avait de significatif. D'ailleurs les Napolitains disent d'une belle femme qu'elle est "bonne" sans malice c'est sur puisque "bella" remonte à la forme la plus ancienne ""bonula". Bref, il me semble que les maximes de vie quelles soient exprimées par des mots ou quelles apparaissent dans les coutumes d'un peuple ont un seul intérêt: elles servent d'incitation ou de justification pour ceux qui n'ont que  des velléités de la vie concrètes, qu'ils ne sont jamais déterminées par des suggestions du milieu, ni par des maximes car la vie a ses racines à l'intérieur des êtres.

A noël, après mon retour à la clinique, j'ai mis  en place dans la chambre de Génia qui ne peut  se lever du lit ou alors seulement en se tenant aux murs et aux meubles, un petit sapin sur la tablette à côté de son lit. Il était truffé d'allumettes en cire qu'on alluma, en même temps, au moment ou Gulia, après son concert aux malades, entre dans la chambre.

Après quoi Gulia Schucht devint Gulia Gramsci.

 

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Date de dernière mise à jour : 12/04/2014

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