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Les ouvrages des camarades russes, indispensables pour comprendre la révolution bolchévique ont été traduit dans plusieurs pays mais ignorés en Italie comme par exemple "l'Etat et la révolution" écrit par Lénine avant la révolution. Les opuscules accessibles sont trés mal traduits et sont souvent rendu incompréhensibles par des formules extravagantes heurtant à la fois la grammaire et le sens commun.

A cette époque je logeais dans une pension de famille. Il m'arrivait de donner des leçons d'Italien à un élève de 4° mais je n'ai jamais réussi à obtenir de lui qu'il écrive avec simplicité une petite rédaction de quelques lignes. Pour ma part, je suis devenu un journaliste de "l'avanti" qui était l'organe du parti socialiste. J'y tenais une rubrique culturelle et politique pour aider à la formation des jeunes ouvriers. Puis, on m'a demandé d'animer le mouvement "conseilliste" pour le création de conseils ouvriers dans les entreprises avant de participer au lancement d'un autre journal "l'ordine nuovo" dans lequel on exposait la nécessité de réorganiser la société italienne en constituant une nouvelle culture socialiste.

J'ai ce qu'on appelle une capacité de la critique "philologique"; je sais faire la part des choses, distinguer, atténuer les exagérations voulues, compléter, etc. Ma façon de penser est que ce qui est écrit acquiert une valeur "morale" et pratique, laquelle va bien au delà du simple fait d'être écrit qui n'est cependant qu'une chose purement matérielle.

En novembre 1917, j'ai assisté dans la maison d'un avocat forentin à une réunion secrète de quelques dirigeants du parti socialiste. Pour moi la rupture avec le réformisme du parti et la création d'un nouveau parti n'était pas inéluctable;Bordiga avait analyser la situation de l'Italie, je partageais son avis. Il régnait autour de la table une conception fataliste et mécanique de l'histoire. Le "Bergsonimse" que j'assumais dans mon discours était l'objet d'accusations, il se manifestait des attitudes volontaristes d'un conformisme vulgaire et trivial. J'avais l'impression d'assister au dépérissement du "fatalisme" et du "mécanisme". Cette réunion allait marquer un grand tournant historique.

Mon activité politique ne m'a pas empêché d'écrire un article sur le sardisme dans lequel je parlais de l'instinct de rebellion qui visait plus largement tous les riches qui opprimaient les paysans et à cette époque je pensais encore qu'il fallait lutter pour l'indépendance nationale de la région;" les continentaux à la mer !", que de fois j'ai répété ces mots. Cette année là, j'avais fait une vaste enquête car la mairie de Turin boycotait les agneaux et les chevraux sardes au profit des lapins piémontais. Il y avait là à Turin bien 4000 bergers et paysans sardes en mission spéciale et je voulais les éclairer sur cette question. Les agneaux et les chevraux méridionaux arrivaient à Turin sans tête, mais il y avait une petite fraction de commerçants locaux qui fournissaient aussi les têtes. Que celles-ci soient difficiles à trouver cela apparaissait clairement puis qu'on m'avait promis une pour le dimanche et que je n'ai pu l'avoir que le mercredi suivant. De plus, je n'étais pas très sur qu'il s'agissait d'un agneau ou d'un chevrau, bien qu'elle fût très bonne. Ca devait être un étrange chevrau sans oreille et borgne, dont le crâne ressemblait fort à celui d'un chien-loup écrasé par un tramway. Ah! les bouchers!.

J'avais aussi écrit un essai sur la question de la langue selon Manzoni et celà m'avait demandé un certain nombre de recherches sur l'organisation de la culture italienne depuis la langue écrite que l'on appellele moyen latin, c'est à dire le latin écrit de l'an 400 à l'an 1300 qui s'est détaché complètement de la langue parlée par le peuple. qui avec la fin de la centralisation romaine s'est fragmentée en une infinité de dialectes. A ce moyen latin succéda la langue vulgaire qui fut à son tour submergée par le latin humaniste, ce qui donna une langue savante, vulgaire dans son lexique mais non dans sa phonologie et moins encore dans sa syntaxe qui fut calquée sur le latin.

Ainsi continua à exister une double langue, la langue populaire ou dialecte et la langue savante, c'est à dire celle des intellectuels et des classes cultivées.

Manzoni lui même, dans sa deuxième version des "Promessi" sposi et dans ses écrits sur la langue italienne ne tient compte, en réalité, que d'un seul aspect de la langue; le lexique et non de la syntaxe qui est pourtant la partie essentielle de toute langue, tant il est vrai que l'Anglais bien qu'il possède plus de 60% de mots latins et néo latins est une langue germanique, alors que le Roumain, bien qu'il possède, lui, plus de 60% de mots slaves est une langue néo-latine, etc..

Je notais aussi dans " critica" la reprodction d'un texe de Croce : "Religion et Sérénité".

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Date de dernière mise à jour : 28/08/2012