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J'ai commencé à travailler et à me diriger par moi même à l'age de 12 ans; je gagnais bien 9 lires par mois (ce qui équivalait à un kilo de pain par jour) pour 10 heures de travail par jour, dimanche matin compris.  J'avais trouvé ce travail dans les bureaux des impôts de Ghilarza,; je passais mon temps à déplacer des registres plus lourds que moi et je pleurais en cachette parce que j'avais mal dans tout le corps.

Je n'ais presque toujours connu que le côté le plus brutal de la vie et je m'en suis toujours tiré, bien ou mal. A la même époque ma mère a connue, elle aussi, les épreuves et les amertumes les plus profondes. Une des plus grandes amertumes de ma vie et qui a eu un impact dans la formation de mon caractère, a été justement de voir que l'existence de ma mère n'a jamais connu la tranquilité et que sa vie était privée de joie et de sérennité durable. j'ai travaillé dur pendant un an,  puis mon père a été libéré en 1904 et est revenu à la maison. Il a retrouvé son travail. J'ai donc pu  reprendre mes études en allant au collège communal de Santù Lussurgiu (un pays qui est à environ 18 kilomètres de Ghilarza. Je logeais pour 5 lires par mois chez une paysanne, logement, literie et nourriture plus que frugale. On doit vraisemblablement m'envier quelques fois, parce que j'ai pu étudier, mais on ne sait certainement pas comment j'ai pu étudier. Ma logeuse avait sa mère qui était un peu demeurée mais pas folle et qui, justement, était ma cuisinière et ma gouvernante.

Chaque matin, en me revoyant, elle me demandait qui j'étais et pourquoi j'avais dormi chez eux, etc. Mais ceci est une autre histoire. La fille voulait se débarasser de sa mère et voulait que la Mairie l'envoyât, à ses frais, à l'asile psychiatrique provincial. Elle traitait donc sa mère d'une façon cruelle et scélérate pour essayer de la pousser à commettre quelques excès afin de pouvoir affirmer qu'elle était dangereuse. La petite vieille disait toujours à sa fille: qui la vouvoyait selon l'usage :"Tutoies- moi et traites- moi bien!".

Il peut sembler, parfois, que je ne suis pas très affectueux avec ma famille, et même que je me plais à être grincheux et acide, mais il s'agit- là, en fait, d'une forme extérieure de mes rapports avec mes proches, due à toute une habitude acquise dans ce passé. On peut dire que depuis que j'ai eu 13 ans, j'ai vécu isolé alors que j'étais très enclin à être sociable et tendre, cela pour paraître fort, plus fort que cela n'était compatible avec mon âge . Je me suis donné un abord froid, dont, par la suite, je n'ai jamais réussi à me débarasser ou au moins à atténuer.

Il me semble que chaque jour se rompt un autre fil qui me liait au monde du passé et qu'il est de plus en plus difficile de renouer tous les fils rompus.

Dans le passé, ces "ruptures de fils" me remplissaient presque d'orgueil, si bien que non seuleent je ne cherchais pas à les éviter, mais j'allais, volontairement, au devant d'elles. En réalité, il s'agissait, à cette époque d'un processus nécessaire à la formation de ma personnalité et à la conquête de mon indépendance. Celà ne pouvait justement se faire sans rompre un certain nombre de fils, puisqu'il s'agissait de modifier, radicalement, le terrain sur lequel je devais développer ma vie ultérieure. Je me sentais presque orgueilleux de me sentir isolé.

Je pense  que sans tomber dans le septicisme vulgaire, ni s'installer dans une commode "hypocrisie", au sens où le proverbe dit que "l'hypocrisie est un hommage à la vertu", on peut trouver une sérénnité même dans le déchainement des plus absurdes contradictions et sous la pression de la plus implacable nécessité, si l'on réussit à penser "historiquement", dialectiquement et à reconnaître, avec sobriété intellectuelle, sa propre tâche ou une tâche bien définie et délimitée.

J'avais, personnellement, un penchant très marqué pour les sciences exactes et les mathématiques. Je l'ai perdu pendant mes premières années de lycée car je n'ai eu que des professeurs qui ne valaient pas un clou; trois prétendus professeurs qui baclaient avec un aplomb incroyable tout l'enseignement des cinq classes.

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Date de dernière mise à jour : 06/08/2012

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