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Chacun élabore et dévelope, chaque jour, sa  propre personnalité et son propre caractère; il lutte contre des instincts, des impulsions, des tendances basses et antisociales et se conforme à un niveau de vie collective toujours plus élevé. Il n'y a là rien d'exceptionnel, d'individuellement tragique. Chacun apprend de ses proches et de ses intimes, cède, acquiert, perd et gagne. Oublie et accumule des notions, des façons d'être, des habitudes. Et toute chose a une valeur  qui dépend aussi de notre façon de voir et de la sentir. La vie de ma mère a été un exemple pour moi et elle m'a montré ce que vaut la persévérance quand il s'agit de surmonter des difficultées qui sembleraient insurmontables même à des hommes de grande énergie. Je ne sais si nous serions capable de faire ce qu'à fait ma mère? Il est vrai que nous aussi nous sommes une branche de la famille Corrias et donc un peu corriace (corriazzu- résistantn coriace en sarde), mais il semble que nous ayons un peu dégénéré depuis l'époque où nous faisions des paris entre garçons pour voir celui qui tiendrait le plus longtemps, en se donnant des coups sur les doigts avec une pierre jusqu'à en faire sortir une goutte de sang. Je ne serai plus capable, maintenant, de résister à ces épreuves barbares, mais assurément je suis devenu aussi capable de résister aux coups de marteau sur la tête que les évènements m'ont assénés et m'asséneront encore; Le tout est de comparer sa propre vie à quelques existences encore plus malheureuse et de trouver, à la manière du "candide" de Voltaire, une consolation dans le caractère relatif du bonheur des Hommes.

A la fin de la dernière année scolaire de Ghilarza j'avais réussi mon examen de fin d'études primaires en décrochant 10 en arithmétique, 9 en lecture, récitation, composition, histoire et géographie et aussi 8 en calligraphie qui était ma note la plus faible. J'avais 11 ans et je pensais pouvoir continuer au lycée quand ma mère m'annonça que j'allais devoir aller travailler;

Il est  vraiment étrange que les adultes oublient qu'ils ont été des enfants et ne tiennent pas compte de leurs propres expériences. Je me rappelle à quel point j'étais bléssé, incité à me replier sur moi même et à faire bande à part, chaque fois que je découvrais qu'on avait usé d'un subterfuge pour me cacher même des choses qui pouvaient me faire de la peine. C'est indirectement, c'est à dire de la façon la plus pénible pour un enfant comme moi qui m'étais obstinément attaché à la franchise et à la vérité dans les rapports réciproques, au point de faire des scènes et de provoquer des scandales, que j'ai appris, ce soir-là, que Mon père était en prison. Il avait été emprisonné pour irrégularité administrative en 1897, alors qu'il travaillait comme employé au bureau d'enregistrement à Sorgono et condamné à 5 ans de prison. Plutôt que de me traiter comme un être déjà raisonnable et avec lequel on pouvait parler sérieusement, même de choses les plus sérieuses, on avait choisi dans ma famille de laisser ma formation se faire au hasard des impressions du milieu et à la mécanique des rencontres fortuites jusqu' à la fin de l'école primaire. Ma colère était telle que j'en oubliais ce que la pauvre femme avait dû faire pour faire face, toute seule, à une terrible tempête pour sauver sept enfants. Aussi étais-je devenu par la suite un vrai tourment pour ma mère.

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Date de dernière mise à jour : 06/08/2012

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